La crise diplomatique entre l’Algérie et la France n’est que le dernier des échecs de la politique étrangère de la République française sur un continent où elle possédait autrefois un vaste empire colonial. Les mandats présidentiels d’Emmanuel Macron ont été marqués par une multitude de crises internationales qui ont détérioré l’image de la France, dans de nombreux cas déclenchée par de mauvaises décisions prises à Paris. Les coups d’État au Sahel, avec l’expulsion des troupes françaises du Burkina Faso, du Mali et du Niger, et la sortie de ces trois colonies de la Francophonie, la détérioration des relations avec le Sénégal où les troupes françaises ont également été expulsées, ou les crises avec la promulgation de la législature spéciale d’urgence lors des émeutes en Nouvelle-Calédonie et en Guadeloupe ; ne sont que quelques exemples.
Aujourd’hui, les relations entre les deux pays, la France et l’Algérie, sont gravement détériorées à deux doigts de la rupture. C’est l’élément déclencheur de la crise actuelle : la reconnaissance par le président Emmanuel Macron en juillet 2024 de la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental. Une rupture avec la position traditionnelle de la France jusque-là alignée sur l’ONU, qui le considère comme un territoire au statut non défini. La résolution 690 (1991) du Conseil de sécurité du la ONU en date du 29 avril 1991, a créé la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO). Le plan de règlement, tel qu’approuvé par le Conseil de sécurité, a prévu une période transitoire pour la préparation d’un référendum à l’occasion duquel le peuple du Sahara occidental choisirait entre l’indépendance et l’intégration au Maroc. Le Représentant spécial du Secrétaire général prend la responsabilité unique et exclusive des questions relatives au référendum et est assisté dans sa tâche par un groupe intégré composé de civils, de militaires et de policiers civils de l’ONU. Cet ensemble constitue la MINURSO. Le 29 avril 2016, le Conseil de sécurité a adopté la résolution 2285, demandant aux parties de continuer de faire preuve de volonté politique afin d’engager des négociations plus résolues et plus axées sur le fond.
La décision du Quai d’Orsay d’abandonner sa neutralité sur ce dossier géopolitique s’est révélée être une erreur grossière. La ministre de la Culture et le président du Sénat français ont franchi un nouveau cap symbolique en se rendant récemment au Sahara occidental, Paris considérant désormais le plan d’autonomie sous souveraineté marocaine « comme seul et unique cadre de règlement » du dossier.
La contre-réponse diplomatique du gouvernement algérien ne s’est pas fait attendre, Alger a opposé lundi une fin de non-recevoir à une liste d’Algériens expulsables fournie par Paris ces derniers jours, réitérant son « rejet catégorique des menaces, velléités d’intimidation, injonctions et ultimatums » venant de France. Le refus de l’Algérie d’accepter plusieurs ressortissants sous le coup d’une obligation de quitter le territoire français a aggravé la situation. Les tensions se sont encore aggravées avec l’arrestation en France d’influenceurs algériens pour apologie de la violence sur les réseaux sociaux. Certains opposants algériens en France ont laissé entendre que ces influenceurs étaient manipulés par Alger, tandis qu’en Algérie la détention de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal se poursuit depuis la mi-novembre de l’année dernière. Selon le parquet algérien, l’écrivain a tenu des propos portant atteinte à l’intégrité du territoire national en soutenant la position officielle du gouvernement français sur la question du Sahara occidental.
Le rapprochement opéré avec Alger en 2022, avec le lancement d’une commission mixte d’historiens sur le thème de la mémoire, a été particulièrement affecté par la crise actuelle. Les derniers développements n’indiquent aucune possibilité d’évolution de ce projet, avec une Algérie de plus en plus proche du monde multipolaire et des BRICS, une France en pleine crise identitaire administrée par une copie défraîchie d’un Napoléon III.






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