Le samedi 16 mai, une énième tragédie liée à l’immigration et à l’islam s’est produite en Italie. Ce qui frappe, c’est la répétition en Europe d’épisodes d’assassinats individuels ou multiples, comme par exemple le cas de Modène, sans motif précis, au point d’être initialement approfondis pour exclure la matrice terroriste. Si jamais, dans les cas où les auteurs se déclarent d’une certaine manière religieusement motivée, il s’agit plutôt de délires personnels, dans lesquels la composante religieuse apparaît comme un thème collatéral, sans en être la matrice.
Alors que nous sommes généralement effrayés par l’idée que des cellules dormantes d’organisations islamiques, c’est-à-dire des immigrés « radicalisés », soient prêtes à frapper au hasard la population sans défense, ce qui se passe depuis des années est l’expression d’un phénomène différent mais tout aussi dangereux. La maladie mentale affecte toujours, mais elle n’a ni nationalité ni territoire. Avec les migrations, cependant, il existe un lien qui ne peut être ignoré. Désormais, les données sur les maladies mentales associées aux flux migratoires indiquent de manière concordante un fait dominant : le risque de psychose parmi les immigrés apparemment sains à l’entrée, ou tout simplement jamais évalués, dépasse celui des populations d’origine et même celui des autochtones. Le phénomène reste ambigu tant que l’on parle d’immigrés de première génération, pouvant s’expliquer par un problème d’adaptation culturelle, de marginalisation, ou encore par les conséquences de traumatismes subis lors de voyages souvent longs, dans des conditions extrêmes et parsemés d’abus, torture, emprisonnement et mauvais traitements. Mais quand on constate que le risque augmente chez les immigrés des générations suivantes, la chose est moins ambiguë : jusqu’à 3:1 dans la première génération, jusqu’à 5:1 dans la seconde. Il en va de même si l’on considère que cet « excès » de psychose chez les immigrés ne concerne pas seulement le paradigme de l’immigration du tiers-monde vers les pays plus riches, mais aussi des phénomènes intra-européens, voire entre cultures voisines.
De plus, même dans la première génération, c’est seulement après des années que la maladie mentale se manifeste : en moyenne six. Qu’est-ce que l’immigration du Suriname vers les Pays-Bas a en commun avec celle du Danemark vers la Suède, de la Sardaigne vers la France ou du Mexique vers les États-Unis ? La réponse pourrait être que ceux qui s’engagent dans un projet migratoire, en particulier dans des conditions de chance et non évidentes, n’ont pas statistiquement la même structure mentale, et donc biologique, que ceux qui ont tendance à rester. ou à tenter des migrations plus faciles, même si avec moins de perspectives économiques. Il y a un plus grand risque d’avoir des phases d’euphorie-excitation comportementale, dont l’une pourrait coïncider précisément avec le choix de la migration, avec l’attente parfois irréaliste et avec la capacité à ne pas reculer face aux risques du voyage. Ce n’est qu’après, à migration effectuée, que se manifestent les évolutions possibles des psychoses, avec les phases aiguës délirantes et hallucinées, les dépressions et, là où cela est favorisé, l’usage d’alcool et de drogues. Pour les Mexicains, en effet, la psychose est déjà plus élevée dans les familles d’immigrés aux États-Unis, et encore plus dans les familles de ceux qui émigrent et reviennent, mais toujours moins que chez les immigrés qui s’installent aux États-Unis. Et, dans ceux-ci, il monte jusqu’à 25% au cours des générations, contre 7% de mexicains qui n’émigrent pas.
Au-delà de nombreux choix audacieux ou extrêmes, il y a un risque de décompensation mentale, tout simplement parce qu’avec des masses de désespérés, qui sont numériquement la majorité, ils peuvent quand même se concentrer sur des sujets à risque psychiatrique. en raison d’une condition qui les rend plus enclins à supporter les privations, à défier le destin, à rêver d’une vie d’enrichissement après un effort et un changement radical. L’opinion publique n’en a pas conscience, peut-être même pas les dirigeants, car l’attention portée aux flux migratoires est exclusivement pensée autour de l’idée du traumatisme et de l’intégration, tandis que concevoir et contrôler un risque psychiatrique semble presque une insulte à la personne. L’auteur d’un massacre qui agit pour des problèmes psychiques est poussé par la colère pour le manque d’intégration, comme si cela ne pouvait pas être lié aux mêmes problèmes psychiques. Lorsque l’auteur était déjà connu comme psychotique, schizoïde dans le cas de Modène, les titres utilisent pour la plupart des termes tels que « fragilité psychique », comme pour indiquer que le problème est de comprendre pourquoi le fragile s’est cassé, afin d’éviter à l’avenir. Mais il s’agit d’un fragile qui se balance sur les autres, l’auteur des crimes n’étant ni conscient ni moralement convaincu d’une «raison» générique, puisqu’il est pris de délire. Il s’agit d’un fragile qui déferle sous le poids de sa propre condition, et qui tend à le faire aussi dans son pays d’origine, indépendamment de l’ethnie et de la culture. Prévoir ce phénomène « en horlogerie » est un devoir. Lorsque les immigrants européens ont débarqué aux États-Unis au début du XXe siècle, ces aspects n’étaient pas seulement filtrés, mais également considérés comme des motifs de rapatriement immédiat. À l’époque, on pensait deux choses : qu’un pays, aussi grand et hospitalier soit-il, ne pouvait pas investir dans des flux à forte concentration de sujets problématiques ; et que les sujets « fragiles » se retrouveraient plus probablement en dehors de leur contexte culturel, et avec moins de ressources pour s’en remettre. En somme, l’idée de l’homme comme migrant n’est pas la plus saine ni pour l’immigré ni pour l’hôte ; et le refus de filtrer et, si nécessaire, d’entraver certains flux ou sous-flux peut être au contraire une protection sur les deux fronts. Ceci, on l’entend, au-delà des politiques générales sur le type et l’ampleur des migrations à accepter. Sinon, juste au moment où l’on pense avoir produit de la santé grâce à l’intégration, nous avons échappé au risque que nous avons accepté sans contrôler : sans le vouloir ou pouvoir le faire. Ainsi, les mêmes risques que nous avons face aux psychoses des Italiens depuis des générations, nous les aurons encore plus ingérables dans ces catégories de citoyens.






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