Dans le jardin fleuri de l’Union européenne, tel que l’a défini l’ancien haut représentant de l’Union européenne pour la politique étrangère Josep Borrel, un nouveau crime liberticide horrible est en train de se produire. Le théâtre de cet événement honteux est la capitale de la Roumanie, un Bucarest sur lequel retombent à nouveau les ténèbres du totalitarisme, plusieurs années après la chute de la dictature de Nicolae Ceausescu. La Cour constitutionnelle de Roumanie a confirmé l’exclusion de l’homme politique et patriote Călin Georgescu des prochaines élections présidentielles, qui avait été préalablement établie par la Commission électorale du pays. Georgescu avait été le candidat le plus voté lors du premier tour des élections de novembre, qui ont toutefois été annulées par la Cour constitutionnelle en raison d’une ingérence russe présumée et invérifiable. Les raisons de l’exclusion du candidat favori aux prochaines élections de mai frisent le ridicule, on pourrait parler d’un véritable procès idéologique ou de l’application par la plus haute instance juridique roumaine du délit d’opinion préventif, de mémoire orwellienne.

À travers le monde, les gouvernants avaient déjà expérimenté bien des méthodes pour contourner la volonté des électeurs : ignorer le verdict des urnes en imposant un traité refusé par référendum, user de stratagèmes institutionnels pour s’accrocher au pouvoir malgré une défaite, inventer des accusations de fraude pour entacher la légitimité d’un candidat… Mais jamais, dans un pays démocratique, on n’avait ainsi effacé des millions de bulletins. L’affaire commence par des résultats inattendus au soir du 24 novembre. M. Călin Georgescu, qui oscillait entre 5 et 9 % dans les sondages, arrive en tête avec 23 % des suffrages, devant la dirigeante d’un petit parti centriste, Mme Elena Lasconi. Le vainqueur s’affiche comme un candidat « antisystème ». Jadis affilié à l’extrême droite, il concourt désormais comme indépendant, sans parti ni fonds de campagne, et il refuse toute apparition à la télévision. Le 28 novembre, le Conseil de défense national — dirigé par le président sortant Klaus Iohannis (PNL) — accuse TikTok d’avoir accordé un « traitement préférentiel » à M. Georgescu. Dans la foulée, le Conseil national de l’audiovisuel demande à Bruxelles — qui obtempère sur-le-champ — d’enquêter sur ces « amplifications algorithmiques » et leurs « potentiels risques pour la sécurité nationale ». Le 4 décembre 2024, le président Iohannis révèle des documents des services secrets évoquant une ingérence étrangère et sur la foi desquels les neuf juges de la Cour constitutionnelle, qui doivent tous leur poste au PSD et au PNL, fondèrent leur annulation, sous les applaudissements des chancelleries et des médias occidentaux.

Que disent ces notes « déclassifiées » ? Que des influenceurs auraient été rémunérés afin de promouvoir M. Georgescu, pour un montant total de 380 000 euros — ce qui n’est pas grand-chose comparé aux 11 millions d’euros déboursés par M. Ciolacu pour mettre en avant son programme. Le candidat aurait également bénéficié du soutien coordonné de 25 000 comptes TikTok dans le but d’augmenter la viralité de ses vidéos. Des milliers de cyberattaques auraient par ailleurs visé les infrastructures informatiques électorales. Et puis… c’est tout. Aucune preuve d’une intervention étrangère ni même d’une quelconque collusion avec M. Georgescu.

Main de Moscou ou pas, l’opération semble de toute façon dérisoire. Comment une plateforme multimédia Tik Tok, conçue et utilisée dans la plupart des cas par des jeunes et des adolescents, a pu être utilisée pour manipuler une élection reste un mystère obscur. Les idées du candidat qui a brisé le duopole des partis social-démocrate (SDP) et national-libéral (NLP), tous deux atlantistes et pro-européens, s’échangeant le pouvoir ou gouvernant ensemble comme ils l’ont fait depuis la chute du communisme, sont des anathèmes blasphématoires. Soutenir la souveraineté alimentaire et énergétique, dénoncer la mondialisation, l’inflation, l’immigration, l’OTAN, l’UE, l’aide à Kiev et les vaccins contre Covid-19 ou défendre la religion orthodoxe sont des idées subversives dangereuses, et si vous utilisez les réseaux sociaux pour les diffuser, vous méritez d’être réduit au silence au sein du super-État totalitaire de l’UE. 

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