Si nous considérons la parabole de Trump depuis sa réélection jusqu’à aujourd’hui – surtout à la lumière de l’intervention récente au Venezuela – la question qui, inévitablement, nous tourmente est celle-ci : à quel jeu joue-t-il ? Parce qu’en fait, il semble que l’attitude du président américain en matière de politique étrangère soit pour le moins hystérique, pour ne pas dire schizophrène. Vu de l’extérieur au moins, on comprend.

Ce que tous les multipolaristes du monde présentaient comme « le président isolationniste, avec lequel il n’y aura plus de guerres », a remis sur le devant de la scène, à une vitesse impressionnante, la doctrine Monroe et le corollaire Roosevelt (accompagnés de la politique du gros bâton). Durant un premier mandat (2016-2020), où, hormis l’assassinat du général iranien Qassem Soleimani en janvier 2020, les États-Unis semblaient avoir laissé leurs armes au placard.

Les signes de ce changement d’attitude étaient déjà apparus en juin dernier, lorsque les États-Unis sont intervenus dans le conflit israélo-iranien. Même à cette époque, des désaccords considérables existaient au sein du mouvement MAGA, à commencer par l’une de ses figures de proue : Steve Bannon. Longtemps considéré comme l’idéologue et le stratège de Trump, Bannon s’était fermement opposé à l’intervention américaine en Iran aux côtés d’Israël. Or, aujourd’hui, ce même Bannon applaudit l’intervention au Venezuela et l’arrestation de Maduro, la qualifiant « d’opération courageuse et brillante ». D’autres personnalités du mouvement MAGA ont également pris position, à commencer par le podcasteur Jack Posobiec, qui a défendu l’action de Trump, soulignant ce qu’il considère comme les différences avec l’intervention en Iran. Le podcasteur est même allé trop loin, évoquant la possibilité d’un « traitement Maduro » à l’avenir, y compris contre le Mexique ou la Colombie.

Mais tous les membres de la communauté MAGA ne partagent pas cet avis. Notamment l’aile farouchement isolationniste du Parti républicain, qui s’était ralliée à Trump précisément en raison de sa promesse de se concentrer sur les problèmes intérieurs des États-Unis et de minimiser les interventions militaires à l’étranger. Ces critiques restent marginales pour l’instant, non décisives, mais elles révèlent certaines failles. Quelques heures après l’attaque, le sénateur républicain Mike Lee avait même mis en doute la légalité de l’attaque contre le Venezuela, soulignant qu’elle avait été menée « en l’absence de déclaration de guerre ou d’autorisation [du Congrès, ndlr] pour l’emploi de la force militaire ». Cependant, Lee est revenu sur ses propos après avoir été « refusé » par le secrétaire d’État Marco Rubio, concluant que « cette action relève des pouvoirs du président, en vertu de l’article 2 de la Constitution, de protéger le personnel américain contre une attaque réelle ou imminente ».

Thomas Massie, représentant républicain du Kentucky à la Chambre des représentants, s’est montré encore plus virulent. Il a dénoncé sans ambages une opération motivée par « le pétrole et un changement de régime », mettant en garde contre la possibilité d’une nouvelle crise migratoire continentale et la « naissance d’un Afghanistan miniature dans l’hémisphère occidental ». Enfin, la représentante républicaine Marjorie Taylor Greene, qui quittera officiellement le Congrès dans les prochaines heures, s’est exprimée avec la même véhémence. Après avoir pris ses distances avec Trump au sujet du scandale Epstein, elle a écrit dans X que « le dégoût des Américains face à l’agression militaire incessante et aux guerres à l’étranger de notre gouvernement est justifié, car nous sommes contraints de les financer » et que « c’est précisément ce que beaucoup de partisans de Trump pensaient mettre fin en votant pour lui ». Elle a conclu : « On s’est bien trompés. »

Comme nous l’avons dit d’emblée, Trump demeure plus énigmatique que jamais. Il a démontré cette attitude théâtrale lors du conflit israélo-iranien, lorsqu’en conférence de presse (avant l’intervention américaine), il a déclaré en substance : « Je pourrais attaquer, ou je ne pourrais pas attaquer », une nuance bien plus subtile que « il m’aime ou il ne m’aime pas », un euphémisme. Ce qui est certain, c’est que désormais, plus que jamais, ces brusques revirements ne passent plus inaperçus auprès de ses partisans. Ceux qui ont soutenu Trump pour son prétendu « isolationnisme » observent avec véhémence le président sortant réciter à haute voix le corollaire Roosevelt (c’est-à-dire l’ajout apporté à la doctrine Monroe par le 26e président, Theodore Roosevelt) : « En vertu de la doctrine Monroe, les violations chroniques des droits humains sur le continent américain requièrent l’intervention d’une nation civilisée en tant que gendarme du monde. » En bref, le passage de l’isolationnisme au rôle de gendarme du monde a été plus rapide qu’on ne l’aurait cru. Il nous faudra toutefois attendre l’avenir pour voir si ces fissures s’élargiront davantage ou si elles seront colmatées et réabsorbées par le monde MAGA.

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