La propagande est sournoise : elle s’insinue partout et diffuse des informations plausibles, mais fausses ou trompeuses. En écoutant quelques-uns des meilleurs commentateurs américains (et par mieux je veux dire les professeurs « dissidents » comme John Mearsheimer et Jeffrey Sachs), on pourrait se convaincre que les États-Unis sont encore le meilleur exemple de démocratie. Donald Trump est fou et le lobby juif dicte la politique étrangère américaine. Il y a quelque chose de foutrement mauvais dans le cerveau des Américains, quelque chose que je pourrais appeler suprematisme wasp et qui a à voir avec la théorie du destin manifeste, le mythe de la frontière, le culte de l’homme fort mais bon incarné par John Waine et toute la paccottilie holliwoodienne jusqu’à atteindre le point le plus bas (Walker Texas Ranger).
La nation la plus belliqueuse de l’histoire s’absoud toujours. Dans la conviction qu’on est les policiers du monde (et ceux qui ont vécu aux USA savent bien que de la police américaine, il est bon d’avoir peur), tout devient légitime pour défendre l’hégémonie, en élargissant constamment l’empire. Bien qu’il soit évident qu’aucun empire ne dure éternellement, je ne connais pas d’exemples historiques de réduction spontanée et je ne m’attends pas à une collaboration américaine pour réaliser un monde multipolaire.
Depuis l’époque de Zbigniew Brzezinsky (son ouvrage Le grand jeu d’échecs a été publié en 1997), les Américains théorisent la nécessité de balkaniser de vastes régions du monde. Ce n’est pas une nouveauté : diviser pour régner. La stratégie a été mise en œuvre à plusieurs reprises – toujours de la même manière – par les straussiens du département d’État. Mise en œuvre signifie révolution plus ou moins printanière ou colorée, guerre, fragmentation du pouvoir local, destruction de nations entières autrefois souveraines (balkanisation, justement). Les exemples sont nombreux et la stratégie a toujours fonctionné (pour les Américains) : le pétrole libyen et irakien enrichit les pétroliers et l’économie américaine aux dépens des Libyens et des Irakiens (qui, dans une vision hyper-simplifiée des salauds straussiens, sont des sous-humains à dominer).
Ce sont les idées de gens comme Zbigniew Brzezinsky qui ont déclenché les guerres américaines : trois ont été gagnées : la guerre du Golfe (1990-1991), l’invasion de la Grenade (1983) et celle du Panama (1989). Toutes les autres, à l’exception du Vietnam, qui fut une défaite, se sont soldées par la balkanisation du pays.
Quiconque prétend que Donald Trump est fou, qu’il est victime de chantage de la part de Benjamin Netanyahu, du lobby juif, du lobby de la Silicon Valley ou des chrétiens évangéliques, fait preuve de naïveté. Brian Berletic démontre que le président ne fait que mettre en œuvre un projet de la RAND Corporation (datant de 2009), dans la continuité des politiques d’Obama et de Biden.
J’écris depuis des années que les straussiens sont à la tête du Département d’État, et cela ne me surprend pas. Le cas de l’Ukraine est emblématique. J’étais présent à l’Euromaïdan en 2013-2014. Derrière les barricades de la place Maïdan, il n’y avait ni étudiants ni ouvriers, mais des mercenaires payés par Victoria Nuland et des néonazis partisans de Stepan Bandera, arborant fièrement leurs symboles nazis.
John McCain et Victoria Nuland n’étaient pas des invités de marque, mais bien les financiers, les organisateurs et les instigateurs des assassinats (ce sont les mercenaires qui ont tiré sur la foule, et non la police). Après tout, quoi de mieux pour les intérêts américains qu’une Ukraine gouvernée par des néonazis prêts à tout ? Des gens comme Victoria Nuland (ou Crystia Freeland) se moquent bien de la vie des Ukrainiens : ils ne sont que de la chair à canon, utile pour séparer – même physiquement – la Fédération de Russie de l’Europe de l’Est.
La paix est aujourd’hui impossible. Les analystes prévoient une intervention directe de l’OTAN (ou de ce qu’il en reste) contre Vladimir Poutine. Brian Berletic est catégorique : toutes les attaques sur le sol russe sont planifiées par le commandement de l’OTAN basé en Allemagne. Les États-Unis ont tout intérêt à ce que la guerre russo-ukrainienne (qui est en réalité une guerre de l’OTAN) s’intensifie. L’objectif géopolitique est d’empêcher la formation d’un axe Moscou-Berlin, tandis que le but des élites économiques est d’affaiblir suffisamment l’Europe pour en faire une terre de conquête pour leurs investissements. Berletic explique qu’en raison de la guerre en Iran, même des pays éloignés comme le Vietnam et la Corée du Sud seront contraints d’acheter du gaz américain, ce qui accroîtra leur dépendance vis-à-vis des États-Unis. Il ajoute que dans tous les pays « par procuration », la ligne politique est dictée par le département d’État américain : les postes de pouvoir ne peuvent être atteints sans financement américain. L’infiltration des forces américaines en est emblématique.
Au vu de ces considérations, les prévisions pour l’avenir proche sont catastrophiques : les faucons américains sont prêts à tout pour maintenir leur domination mondiale. Vladimir Poutine est incapable de mettre fin à la guerre : l’Europe refuse d’annexer les territoires occupés (et même la Crimée, qui a démocratiquement exercé son droit à l’autodétermination), Vladimir Zelensky distribue les 90 milliards d’euros alloués par l’UE à ses proches (il n’est pas surprenant que Kiev regorge de voitures de luxe, payées avec des pots-de-vin et le sang des morts). L’Iran résiste héroïquement, soutenu (nul ne sait dans quelle mesure ni pour combien de temps) par ses alliés, la Russie et la Chine. Cette dernière est la seule puissance capable de s’opposer ouvertement aux États-Unis et de réduire leur empire. Mais les relations entre les deux superpuissances sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, et leurs intérêts à affaiblir le reste du monde convergent.






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