Un énième conflit oublié au cœur du continent africain a de nouveau explosé et occupé les pages de nombreux journaux internationaux, pour retomber peu à peu dans l’oubli, dans un continent tourmenté par les pillages et les guerres interethniques.
Le dimanche 26 janvier Goma cette grande ville de l’est de la République démocratique du Congo, est devenu le théâtre d’affrontements tragiques. Deux camps s’opposent dans cette cité de plus d’un million d’habitants et presque autant de déplacés : le groupe paramilitaire M23 et l’armée congolaise. Le M23 n’agit pas seul : dans ses rapports, l’ONU a plusieurs fois démontré que le Rwanda est un acteur du conflit aux côtés du groupe paramilitaire congolais. Pour la RDC, les raisons sont notamment économiques et Kigali voudrait faire main basse sur les richesses en minerais. Les provinces orientales du Congo possèdent des quantités incroyables de minéraux tels que le cadmium, le lithium, le cobalt, le cuivre, l’or et les terres rares ; ainsi qu’un gigantesque gisement de gaz sur le lac Kivu, inexploité côté congolais.
Selon les Nations Unies, plus de 4 000 soldats rwandais sont ainsi déployés dans le pays, sauf que le gouvernement du Rwanda a toujours nié son implication.
Ce n’est pas la première fois que la ville de Goma, située exactement à la frontière entre le Congo et le Rwanda, est occupée par des rebelles congolais antigouvernementaux soutenus par le Rwanda ; un scénario similaire avait déjà été observé en 2013. Cette fois, l’offensive est de grande envergure et se déroule sans revers, après avoir saisi l’aéroport dans les faubourgs de Bukavu le 14 février, deux jours plus tard, les rebelles sont entrés dans le centre-ville capitale de la province du Sud-Kivu. Les rebelles ont avancé jusqu’à Uvira, la deuxième ville du Sud-Kivu, située au bord du lac Tanganyika, à quelques encablures de Bujumbura, la capitale économique du Burundi. Les tensions montent au Burundi, où les réfugiés congolais affluent tous les jours en franchissant la frontière. Certains traversent la rivière Rusizi sur des embarcations de fortune. Plus de 9.000 sont arrivés le 19 février et plus de 40.000 Congolais, pour la plupart des femmes et des enfants, cherchent à se réfugier au Burundi depuis le début février, selon les Nations Unies.
Le dimanche 23 mars, le groupe armé antigouvernemental M23 a pris le contrôle de la ville de Walikale, dans la zone est de la RD Congo. Des discussions directes prévues le 18 mars à Luanda entre le gouvernement de la RD Congo et le M23 – les premières depuis que le mouvement soutenu selon des experts de l’ONU par l’armée rwandaise, a repris les armes en 2021 – ont été annulées à la dernière minute. Mais le même jour, les présidents de la RD Congo Félix Tshisekedi et du Rwanda Paul Kagame ont « réaffirmé leur engagement à un cessez-le-feu immédiat et inconditionnel », à l’issue d’une rencontre-surprise organisée à Doha sous l’égide du Qatar. Sur le terrain, des combats s’étaient néanmoins poursuivis.
Derrière ces affrontements interethniques et tribaux, héritages du colonialisme européen qui ont atteint leur paroxysme avec le génocide rwandais entre les utu et les tuzi en 1994, et se sont poursuivis avec la soi-disant première guerre africaine qui a eu lieu entre 1996 et 1998, se cache un épais enchevêtrement d’intérêts internationaux. Essayons de les résumer brièvement et de clarifier. La conclusion du conflit en 1998 a conduit au renversement de Mobutu au Congo et à la prise du pouvoir par Laurent-Désiré Kabila auquel a succédé son fils en 2003 qui a signé un accord de paix avec le Rwanda en Afrique du Sud.
Joseph Kabila assurait la stabilité et la productivité d’un nombre gigantesque de sociétés minières dans l’est du pays, alors que le Rwanda devenait alors une plaque tournante du tri de ces richesses. En 2018, au terme d’une élection controversée, Félix Tshisekedi succède à Joseph Kabila. Il est désigné vainqueur par le président de la Commission électorale indépendante, un certain Corneille Nangaa, qui reconnaît ensuite qu’il n’a pas porté au pouvoir le véritable gagnant. Corneille Nangaa est aujourd’hui le leader politique de l’AFC, alliance du fleuve Congo, fédération des 120 groupes rebelles opérant dans le pays.
Dans un premier temps, le président Étienne Tshisekedi a décidé de tendre la main à son voisin Kagame. Un accord politique est conclu : la compagnie Rwandair est autorisée à desservir la République démocratique du Congo, l’exploitation conjointe de l’or au Sud-Kivu est prévue et une raffinerie est construite à Bukavu. Il a été décidé – une fois de plus – de désarmer les FDLR, ces rebelles hutus qui se proclament « Forces démocratiques de libération du Rwanda ». Cette milice s’est développée grâce à l’apport des descendants des réfugiés hutu de 1994 et s’est enrichie par l’exploitation des mines de coltan au Sud-Kivu, grâce à la terreur exercée sur les civils congolais et au viol de leurs femmes. Félix Tshisekedi commet de graves erreurs comme appauvrir l’armée congolaise et demander une réduction des effectifs de la mission onusienne, la MONUC.
Paul Kagame, homme politique expérimenté et aguerri, représentant les intérêts politiques des puissances occidentales comme les États-Unis, l’Angleterre, la France, la Belgique et l’Union européenne, envisage une stratégie pour briser cette politique de bon voisinage.
En 2023, l’Angleterre de Sunak approuve une loi pour l’expulsion des immigrants irréguliers vers le Rwanda, et Starmer paie 300 millions de livres par an. Le 75% de la somme a été versée immédiatement et utilisée pour réarmer l’armée rwandaise et financer les rebelles antigouvernementaux au Congo. En avril 2023, Mme Von der Layden a officiellement signé un contrat avec le Rwanda pour promouvoir la recherche biopharmaceutique, le développement de vaccins et l’éducation, et en février 2024, un protocole d’accord a été signé entre l’UE et le Rwanda. Dans lequel l’UE s’engage à renforcer l’ensemble de la chaîne de valeur et d’approvisionnement du secteur minier (le chiffre de l’investissement n’est pas mentionné). Étrangement, le territoire du Rwanda est très pauvre en minéraux, ils proviennent tous du Congo voisin…
Et voilà, les minéraux nécessaires à la transition écologique verte et inclusive de l’Union européenne déclenchent la Seconde Guerre mondiale africaine, avec la possible prochaine implication du Burundi, de la Tanzanie et de l’Angola.






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