Depuis plus de deux mois, l’Iran bloque le détroit d’Ormuz, en représailles à l’intervention militaire américano-israélienne déclenchée le 28 février. Ce point de passage stratégique ne concerne pas seulement le pétrole : un tiers du commerce maritime mondial d’engrais y transite chaque année, soit près de 16 millions de tonnes. La région du Golfe persique fournit entre 30 et 35 % des exportations d’urée, l’engrais le plus utilisé, et 20 à 30 % de l’ammoniac.

Les conséquences de ce blocus sont directes. Plusieurs usines de fertilisants ont été frappées ou ont dû réduire leur activité au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Jordanie et en Iran même. La raffinerie qatarienne de Ras Laffan, importante pour la production d’ammoniac, a été touchée le 2 mars. Des matières premières comme le soufre et l’ammoniac, indispensables à d’autres pays producteurs d’engrais (Maroc, Tunisie, Afrique du Sud), manquent également. Le gaz naturel liquéfié du Golfe, qui alimente la fabrication d’ammoniac, est lui aussi perturbé.

Cette situation expose de nombreux pays à un risque de pénurie. En Afrique, le Soudan importe 54 % de ses engrais du Golfe, la Tanzanie 31 %, le Kenya 26 %. Le Malawi est dépendant presque totalement des importations, dont 60 % viennent de cette zone. En Asie, la Jordanie en importe 79 %, le Bangladesh 53 %, et l’Inde comme la Chine environ 20 %, alors qu’ils pratiquent une agriculture très consommatrice d’engrais.

Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), des livraisons retardées entraîneront une baisse des rendements du riz, du blé et du maïs. L’ONU estime qu’il ne reste que quelques semaines pour éviter une crise humanitaire majeure et redoute que 45 millions de personnes supplémentaires souffrent de la faim. Déjà, les prix mondiaux des engrais ont augmenté et pourraient progresser de 15 à 20 % au premier semestre 2026 par rapport à l’an dernier.

Des gouvernements cherchent des solutions d’urgence. L’Inde encourage une utilisation réduite des fertilisants, car ses subventions ne peuvent plus suivre. Le Bangladesh a lancé des appels d’offres pour trouver d’autres fournisseurs en Asie du Sud-Est et en Russie. Le Brésil négocie avec l’Indonésie. Toutefois, même en cas de réouverture du détroit, l’afflux de commandes et le manque de bateaux maintiendront les prix élevés.

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