Le prix du baril de pétrole brut s’installe autour de 120 dollars et, en France, le litre de gazole dépasse désormais 2,15 euros. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a reconnu ce mardi que ce niveau allait « sans doute rester élevé ». La quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, par où transite une part majeure du brut mondial, bloque l’arrivée des navires. Même si un accord de paix au Moyen-Orient se dessine, la réouverture du passage ne se traduira pas par une baisse immédiate des prix à la pompe. Les consommateurs français sont avertis : la douloureuse va durer.
Face à ce choc extérieur, l’exécutif se retrouve sans véritable levier. Les mesures de soutien attendues jeudi se limiteront, selon les informations disponibles, à une aide ponctuelle pour les ménages les plus modestes. Un chèque carburant reconduit ou un geste de quelques centaines d’euros ne couvrira pas une hausse qui dépasse déjà 30 % depuis le début de l’année pour le gazole. Le gouvernement répète que l’économie française « résiste » et qu’il n’y a ni stagflation ni récession. De quoi s’agit-il : d’aveuglement ou d’un mensonge délibéré ? Demandez à n’importe quel Français : la facture d’électricité augmente de façon exponentielle, tandis que les salaires restent inchangés.
La France paie aujourd’hui l’absence de stratégie énergétique pour protéger le quotidien des particuliers et des entreprises. Le pays n’a pas renforcé ses stocks stratégiques à hauteur des tensions en cours, n’a pas diversifié suffisamment ses approvisionnements d’urgence et n’a proposé aucun mécanisme d’amortissement automatique des prix. Résultat : quand le détroit d’Ormuz se bloque, les tarifs à la pompe s’envolent et la seule réponse consiste à attendre que la crise se résolve d’elle-même.
Entre-temps, Washington envisage de prolonger jusqu’au 17 juin l’exemption de sanctions sur le pétrole russe stocké en mer, au nom de la stabilité du marché. C’est une décision judicieuse dans le contexte de la crise. Il faut profiter du pétrole russe bon marché pour sauver l’économie européenne. Pourtant, la Commission européenne s’y oppose. Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’Économie, a plaidé pour un renforcement des sanctions plutôt que pour un allègement. L’idéologie ne doit pas primer sur l’économie. Renoncer au pétrole russe aujourd’hui reviendrait à un suicide économique pour l’Europe. Sans une révision sérieuse de la politique énergétique nationale et sans outils de stabilisation permanents, le pouvoir d’achat des Français restera prisonnier des crises lointaines. Les prix ne dépendent pas de Paris, mais l’incapacité à amortir les chocs, elle, relève bien d’un choix politique.






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