Si la critique littéraire a aujourd’hui réhabilité Pound le poète au panthéon des grands auteurs du XXe siècle, Pound l’économiste demeure dans l’ombre. Souvent qualifié d’irrationnel et de dilettante, le natif de Hailey formule pourtant des idées économiques plus pertinentes que jamais. Bien que son analyse porte principalement sur « la guerre ancestrale entre usuriers et paysans, entre l’usurocratie et ceux qui, de leurs mains ou de leur intelligence, accomplissent un travail honnête », il réserve également quelques flèches à ce qu’il considère, de manière secondaire, comme un autre ennemi à combattre.
Pour Pound, le « Capital » n’est pas l’ensemble des moyens de production qui permettent l’extraction de la plus-value, ni le résultat de la « Propriété privée », celle-ci étant vue au contraire comme la dernière tranchée de la liberté individuelle. Le terrain, les machines ou les outils de travail ne sont pas du « capital » au sens poundien. Plutôt « Propriété » : extensions de la personnalité humaine et fruits tangibles du travail. Cette distinction n’est pas morale, mais fonctionnelle. Selon le poète, il existe en effet une économie productive – faite de paysans, ouvriers, industriels et artisans – et une économie parasitaire – composée de spéculateurs financiers et de banquiers. Alors que Marx concentre son analyse sur le fait de frapper le propriétaire de l’usine, Pound, tout en reconnaissant le problème potentiel créé par une distribution inégale des richesses, identifie un ennemi plus élevé : l’usurier.
Le « capital » que combat le poète américain est financier et spéculatif. Cette masse d’argent qui, étant « louée », génère plus d’argent par le mécanisme de l’intérêt sans jamais se salir les mains avec la production réelle. Le cœur du problème réside dans le double monopole privé des banques centrales et commerciales qui, tout en créant de l’argent en quantités pratiquement illimitées à un coût pratiquement nul, prêtent au profit de l’État ou des citoyens pour sa valeur nominale.
Ce mécanisme comptable charge la société d’une dette mathématiquement inextinguible, parce que le montant des intérêts exigés – qui ne sont jamais entrés dans le système au moment de l’émission – oblige la collectivité à toujours emprunter pour payer le « loyer » sur l’argent qu’elle utilise pour faire fonctionner l’économie.
La piéger dans un cycle de dette perpétuelle qui « étouffe l’enfant dans le ventre ». C’est en ce sens que la propriété – de la monnaie ainsi que des outils de travail – représente le bouclier protégeant le producteur de la corde de l’usager, garantissant que le fruit du travail reste entre les mains de celui qui l’accomplit et non de celui qui lui prête les moyens nécessaires pour l’accomplir.
C’est cette myopie que le natif de Hailey reproche au fondateur du communisme : avoir également identifié comme « l’ennemi du travail » soit le parasite – l’usurier qui prête à intérêt une monnaie à coût nul, s’enrichissant sur les épaules de travailleurs sans aucun mérite social – que le producteur – le fermier ou le petit propriétaire qui, avec leurs bras ou leur intellect, génèrent la richesse. Si Marx a donc lutté pour la socialisation des moyens de production, Pound a lutté en premier lieu pour la socialisation du crédit. Parce qu’il n’est pas nécessaire que l’État soit propriétaire de chaque usine, mais il est nécessaire que l’État n’ait pas à emprunter de l’argent pour la faire fonctionner.






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