Le continent antique qui a façonné l’histoire occidentale est depuis longtemps en proie à une crise apparemment irréversible. Envahi par des peuples étrangers, confronté à un déclin démographique, il est en proie à un dangereux vide idéaliste et moral. La chute de l’Europe a commencé il y a longtemps, avec le déclin du Moyen Âge, le triomphe de la mentalité mercantile et, finalement, la mondialisation des échanges. Avant la crise politique et sociale, il y avait une crise spirituelle bien plus ancienne, qui a corrompu les âmes des ancêtres avec la disparition du mos maiorum. La spiritualité naturelle, liée au culte des dieux ancestraux de la lignée, a été remplacée par une nouvelle croyance venue du désert qui, au service du pouvoir politique, a déferlé sur l’Empire, en changeant sa nature même.

L’édit de Thessalonique, promulgué par l’empereur Théodose Ier, fit du christianisme la religion d’État et interdit les cultes païens. L’adjectif « païen » était alors péjoratif et désignait les croyances antiques comme les superstitions de paysans incultes, tandis que la nouvelle religion avait conquis les élites urbaines. Le polythéisme européen était la plus ancienne spiritualité, de nature chamanique, fondée sur la relation directe entre les humains et les forces divines. Il se répandit de la Sibérie à la Méditerranée, où les augures et les haruspices étaient les chamans de la Ville éternelle, donnant naissance à la religion antique de Rome.

Le polythéisme vénérait de multiples divinités : dieux, énergies vibratoires surhumaines et archétypes de l’inconscient collectif, étaient depuis toujours présents dans l’âme des Indo-Européens, se manifestant différemment selon les traditions celtiques, nordiques, gréco-romaines et germaniques. Toutes étaient tolérées car le polythéisme était dépourvu d’orthodoxie, et donc d’hérésie, mais seulement d’orthopraxie. En effet, le rite, cérémonie magique, devait être célébré selon des règles précises afin d’éviter de libérer des énergies larvaires. Il n’était pas nécessaire de convertir les infidèles, mais il existait un respect absolu pour la diversité des sentiments des peuples, et aucune soumission à un dieu unique, jaloux et vengeur.

Dans le polythéisme, il n’y a ni création ni fin des temps, mais seulement l’éternel retour du cycle qui se répète sans cesse, contrairement à la parousie, la venue finale d’un sauveur, une attente à l’origine du culte profane du progrès. Le monothéisme a propagé de nouvelles valeurs caractéristiques de la phase finale du cycle, telles que l’égalité et la fraternité, contredites par la nature elle-même, où tout est différent et où tous sont inégaux.

Elle apporta la terreur du Jugement dernier et la conception morbide du péché propre aux peuples sémitiques, engendrant une angoisse et une détresse collectives. Elle propagea une rigidité morale qui condamnait la sexualité comme une lascivité coupable, générant le plaisir de la transgression, que les polythéistes considéraient comme la faiblesse de l’homme incapable de fidélité à sa propre voie. Les peuples venus du Nord, au lieu de percevoir le péché, voyaient la culpabilité comme une erreur et l’énergie sexuelle comme une force magique qui anime le cosmos : la kundalini des philosophies spirituelles hindoue et bouddhiste.

Ils pratiquaient la loyauté envers leur lignée, la communion spirituelle avec la nature comme une entité vivante, et leur comportement était inspiré par des valeurs sacrées. Le païen ne prie pas à genoux devant un maître vengeur, mais se tient devant les dieux avec lesquels il se considère comme son égal, accomplissant le rite pour obtenir ce qu’il désire et offrant en retour le sacrifice rituel.

La répression des cultes naturels a entraîné des conversions forcées, la suppression de traditions ancestrales et la superposition de nouvelles fêtes aux dates d’anciennes. Des temples furent détruits, la bibliothèque d’Alexandrie, riche en textes ésotériques, anéantie, et les officiants des rites anciens furent persécutés. Les convertis carolingiens ont également perpétré des génocides contre des peuples comme les Saxons, fidèles à leurs dieux. Pour éviter que l’Europe ne disparaisse de l’histoire avant la révolution sociale, une révolution spirituelle est essentielle.

L’attrait des mythes des dieux et des héros ravive la nostalgie qui fait naître un sentiment d’appartenance à une lignée. Le paganisme nous libère de la névrose du salut, élimine la peur du péché et restaure la dignité des hommes libres. Restaurer les traditions, c’est symboliquement se libérer de l’autorité paternelle, devenir enfin nos propres pères et raviver le destin du continent.

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