Le Liban est à nouveau au bord de l’effondrement, et cette fois, non pas à cause d’une crise interne ou d’une explosion accidentelle. Ce qui secoue Beyrouth, c’est un ultimatum venu de l’étranger, signé par Washington mais approuvé par Tel-Aviv. Les États-Unis ont exigé – ou plutôt imposé – un engagement formel du gouvernement libanais à désarmer le Hezbollah. Cette demande n’a rien à voir avec la diplomatie, mais avec le chantage. Si Beyrouth ne signe pas, aucune pression ne sera exercée sur Israël pour obtenir un cessez-le-feu, ni aucun retrait militaire du Sud-Liban. Au contraire, il y aura un isolement international. Et peut-être – comme le veut la logique – une nouvelle guerre.

L’initiative américaine, soutenue officieusement par Israël, vise à frapper au cœur du réseau d’alliances liant le Hezbollah et Téhéran. Forcer le Liban à renier son parti le plus établi et le plus organisé reviendrait à briser l’axe chiite qui résiste depuis des années à l’expansionnisme israélien. Ce n’est pas un hasard si le mouvement de Hassan Nasrallah, assassiné le 24 septembre 2024, représente une menace stratégique pour Israël : roquettes, drones armés, incursions au nord et capacité de frappe en profondeur. Les opérations israéliennes en cours au Sud-Liban ne sont pas défensives, mais affaiblissantes : elles servent à provoquer la réaction du Hezbollah et à préparer l’opinion publique internationale à une future escalade. Pour les États-Unis, cependant, l’enjeu est encore plus important : remporter une victoire géopolitique au Liban signifierait redessiner l’équilibre des forces dans tout le Levant, démanteler le front de résistance pro-iranien et envoyer un message à tous les acteurs « non-alignés » de la Méditerranée orientale. Mais à quel prix ?

De son côté, le Hezbollah a déjà clairement indiqué que le désarmement n’était pas une option.

Des sources internes ont tout au plus évoqué une « réduction de l’arsenal », mais à la seule condition qu’Israël retire ses troupes et cesse ses attaques de drones. Cette position est symétrique à celle des États-Unis, signe d’une impasse désormais structurelle. Le parti chiite, considéré de fait comme un État dans l’État, continue de bénéficier d’un large soutien populaire, notamment dans le sud du pays, où il compense l’absence chronique de l’État par des réseaux sociaux, des hôpitaux, des écoles et un système de protection armée dont dépendent des milliers de familles.

Débarrasser le Hezbollah de ses armes reviendrait à désintégrer la fragile stabilité sociale de régions entières, provoquant chômage, insécurité et colère. C’est exactement le contraire de ce dont le Liban a besoin aujourd’hui, pris entre crise économique, corruption politique et effondrement institutionnel.

Le gouvernement dirigé par Najib Salam est au bord de l’effondrement. S’il signe le document demandé par Washington, il risque une guerre civile avec le Hezbollah et ses alliés, au premier rang desquels Nabih Berri, leader chiite historique et président du Parlement.

S’il refuse, il risque d’être abandonné par la « communauté internationale » et livré seul aux représailles israéliennes. Un bain de sang, où toutes les options mènent au désastre. C’est Berri lui-même qui tente une médiation, demandant apparemment aux États-Unis des garanties concrètes de cessez-le-feu avant de discuter du désarmement. Mais la réponse américaine a été sans appel : le Hezbollah doit d’abord déposer les armes, puis la paix pourra être discutée. En réalité, il est clair que la paix ne fait pas partie des plans de ceux qui, depuis des mois, prônent une escalade contrôlée dans le but de redéfinir le Moyen-Orient selon les intérêts israéliens et atlantiques.

Le risque est que le Liban sombre dans une seconde guerre civile, bien plus catastrophique, devenant ainsi le prochain épicentre du chaos au Moyen-Orient.

Le pays du Cèdre est déjà en ruines : une monnaie en ruine, un système bancaire défaillant, des coupures d’électricité quotidiennes et un taux de chômage des jeunes supérieur à 40 %. Dans ce scénario, éliminer le seul pilier armé ayant jusqu’ici résisté à l’agression israélienne équivaudrait à ouvrir la voie à une invasion ou à une guerre civile.

Mais l’enjeu ne se limite pas à la sphère militaire. Le contrôle des voies d’approvisionnement énergétiques en Méditerranée orientale est également en jeu. Le Hezbollah, avec sa présence armée dans les régions du sud, joue un rôle direct dans le jeu de pouvoir autour des champs offshore, actuellement disputé entre le Liban et Israël. Derrière la pression en faveur du désarmement se cache la volonté américaine et européenne de lever les obstacles potentiels au jeu énergétique méditerranéen.

Les États-Unis jouent un jeu dangereux, tentant de soumettre Beyrouth davantage par la menace que par la diplomatie. Mais le Liban, dans sa fragilité historique, a toujours été une poudrière prête à exploser – et aussi un pari risqué. La dernière fois que quelqu’un a osé allumer la mèche, le résultat a été une guerre civile de quinze ans. Aujourd’hui, l’ultimatum américain risque de faire de même. Et comme toujours, celui qui paiera le prix fort sera un peuple épuisé par des décennies de guerres imposées de l’extérieur.

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