L’être humain recherche naturellement le plaisir dans les sensations de bien-être, en réponse à des stimuli spécifiques qui génèrent des émotions positives. La théorie psychanalytique freudienne conçoit le plaisir comme une libération des tensions qui perturbent la paix, un retour à la tranquillité. Selon cette théorie, le « principe de plaisir » motive la satisfaction immédiate de tout désir ou pulsion, une fonction caractéristique du ça, l’inconscient.
À l’inverse, le « principe de réalité » impose de différer la satisfaction selon les normes sociales d’un adulte mûr, non soumis à ses pulsions. La société actuelle, axée sur la satisfaction immédiate des plaisirs oraux – la nourriture et, symboliquement, le shopping –, se développe autour du « principe de plaisir ».
En éliminant l’attente et la souffrance, en accordant quasiment tout à tous d’un coup, on crée une illusion qui pousse à satisfaire un désir avant l’autre. En réalité, seuls les organisateurs de grands spectacles peuvent s’offrir tous les luxes. Les autres, à savoir les masses, ne peuvent se permettre que ce qu’on les incite sciemment à obtenir.
L’individualisme et le matérialisme sont essentiels au monde perverti de l’économie, qui, d’une fonction sociale, devient une raison d’être. La promesse trompeuse de richesse pour tous, sur laquelle repose le Système, alimente la consommation, permettant l’accumulation de capital, avec le mirage d’un paradis terrestre.
La grande illusion de la répartition des richesses masque une triste réalité : pour prospérer, le capitalisme a besoin d’exploiter de vastes masses de pauvres, achetant force de travail et plus-value à bas prix. Non pas des citoyens, des membres d’une communauté, mais des consommateurs frénétiques de biens et services souvent inutiles et superflus, vite oubliés et remplacés.
Même l’utopie communiste ne sauve pas les individus de l’esclavage matériel. En engendrant misère et désespoir, elle exacerbe le désir de bien-être matériel. L’égalité des peuples repose uniquement sur le pouvoir d’achat, unique moteur de l’esprit bourgeois ; le bonheur illusoire ne découle pas de l’abolition des classes et de la suppression de la propriété privée, contrairement aux préceptes marxistes.
Le transfert de la propriété des moyens de production du capitaliste à l’État n’a pas libéré les travailleurs, mais les a soumis à un maître plus intrusif et impitoyable. Le prix du capitalisme, qu’il soit privé ou d’État, est la disparition de la communauté, de la liberté restreinte par un contrôle obsessionnel, caractéristique du capitalisme de surveillance à son stade terminal.
Les sentiments, les valeurs et les idées sont remplacés par des objets qui procurent un bonheur illusoire et instantané, lequel cède inévitablement la place au vide. L’esprit ne peut tolérer le vide et le remplit de déception et de frustration, d’anxiété et de dépression, symptômes d’un mal-être général.
L’envie suscitée par des modèles sociaux inaccessibles alimente une dépendance au plaisir immédiat, et l’insatisfaction qui en résulte crée une prison volontaire. Cette prison n’est pas toujours visible, mais omniprésente, car la possession ne génère qu’un plaisir éphémère, bien différent de la création, source de joie.
La production incessante de nouveautés pour stimuler les ventes conduit le consommateur à un isolement émotionnel, une solitude intérieure pathologique caractéristique du narcissisme. L’acheteur absolu vit pour démontrer aux autres son pouvoir par la possession ; il n’a ni passé à se remémorer ni avenir à transmettre. Il vit dans un présent éternel où la patrie et la lignée n’ont plus aucun sens. La thérapie par la possession, seule source de bonheur, réside dans la redécouverte de l’esprit communautaire, le partage de valeurs, d’idées et de sentiments : un remède efficace à la solitude existentielle.






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