La mort du Guide suprême Ali Khamenei, chef spirituel et politique (Imam) de l’Iran, a provoqué de graves répercussions non seulement sur les plans social, gouvernemental et religieux en Iran, mais aussi et surtout au Pakistan, où des centaines de manifestants pro-Téhéran ont pris d’assaut les missions diplomatiques américaines à Karachi, Islamabad et dans d’autres villes. Mais pourquoi le Pakistan est-il si préoccupé par la mort de Khamenei ? Quelles sont les répercussions de la guerre israélo-américaine contre l’Iran au Pakistan ?

Le Pakistan, actuellement engagé dans un conflit ouvert contre l’Afghanistan, occupe une position intermédiaire importante sur la scène internationale. D’une part, sa proximité avec le gouvernement américain (Trump lui-même a récemment déclaré « respecter » le Premier ministre Sharif), et d’autre part, son histoire et son orientation religieuse font du Pakistan le deuxième État musulman au monde en termes de taille, avec la deuxième plus grande population chiite, juste derrière l’Iran. L’assassinat d’une figure chiite majeure (Khamenei) risque de provoquer un bouleversement important au sein de la communauté musulmane, qui se retrouve temporairement privée de son leadership spirituel et politique.

Mais la guerre contre l’Iran a des répercussions encore plus concrètes, à commencer par la déstabilisation des 900 kilomètres de frontière partagée avec l’Iran, ce qui pourrait se traduire – selon les analystes – par un corridor pour les réfugiés et le trafic d’armes. Cette situation exacerberait les divisions internes persistantes entre chiites et sunnites, les deux principales branches de l’islam. Ces divisions sont de nature idéologique et religieuse, mais aussi territoriale : au Baloutchistan – la plus grande province pakistanaise, frontalière de l’Iran à l’ouest et de l’Afghanistan au sud – des militants baloutches (majoritairement sunnites) aux visées séparatistes sont toujours actifs. Plus tôt cette année, les Baloutches ont de nouveau contesté le contrôle d’Islamabad sur le territoire, et l’on craint que l’instabilité en Iran ne renforce ces organisations, intensifiant ainsi les attaques contre le gouvernement pakistanais.

Il existe également des répercussions économiques, liées à la récente fermeture du détroit d’Ormuz, qui a entraîné une flambée des prix du pétrole brut et un effondrement des principales places boursières européennes. L’économie pakistanaise est extrêmement sensible à l’évolution de la situation dans les pays du Golfe. Cependant, la dépendance du Pakistan s’étend également vers l’ouest, jusqu’aux États-Unis. Islamabad dépend en partie de la défense américaine, ainsi que de la coopération en matière de sécurité régionale et de coordination antiterroriste. Plusieurs liens unissent Islamabad et Téhéran ; toutefois, un autre facteur est à prendre en compte : l’éventuelle entrée en guerre du Pakistan si l’Arabie saoudite décidait d’intervenir. Et ce, malgré un accord de défense mutuelle signé entre Islamabad et Riyad en octobre 2025, qui, dans son application, se réfère à l’article 5 de l’OTAN. Cet accord, d’une part, servait la stratégie anti-iranienne de Mohammed ben Salmane ; d’autre part, il était indispensable au Pakistan pour sa stratégie anti-indienne.

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur observateurdissident.fr

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture