Le progressisme n’est pas une idéologie, mais une conception erronée du temps qui passe, selon laquelle le déroulement même de la dimension temporelle vers l’avenir est a priori un gage de bien-être et d’amélioration de la condition humaine. Né de l’illusion des Lumières quant au progrès social, alimentée par la diffusion de la culture positiviste, il s’est propagé après la Révolution française comme une expression de la bourgeoisie. Conformément à l’idéologie libérale, elle adopte une orientation économiste qui aspire à améliorer la société par des réformes politiques et sociales. Dépourvue de l’élan révolutionnaire des idées socialistes, marxistes et anarchistes, et dépourvue de la force visionnaire de Proudhon, Marx et Max Stirner, elle revendique le changement tout en préservant de fait le capitalisme.
Comment améliorer le monde tout en maintenant un système fondé sur le profit et l’exploitation des êtres humains et de la nature ? Voilà une énigme comique qui hante l’esprit du progressiste. Il vit dans l’hyperréaliste analysée par le philosophe français Jean Baudrillard, où, sous l’effet de la culture contemporaine et de l’influence des médias, la réalité se dissout dans la fiction, rendant impossible la distinction entre le réel et l’imaginaire.
Les progressistes vivent dans une réalité parallèle, créée par leur esprit, qui leur permet de survivre à la honte de trahir leurs idéaux. Enfants de la société de consommation, anciens marxistes vendus au grand capitalisme, ils subissent l’aliénation de la société de l’image, stade mortel du capitalisme, et perçoivent que « le spectacle est le réel », comme l’écrivait Guy Debord. Une véritable distorsion de la réalité, à l’origine d’un trouble mental, comme l’affirme l’auteur dans son ouvrage « Psychopathologie du chic radical », causé par des mécanismes inconscients, des défenses psychiques qui les protègent de l’anxiété, des conflits et de la culpabilité. La trahison des idéaux socialistes, de la classe ouvrière et du marxisme engendre un sentiment de culpabilité, tandis que le mode de vie bourgeois provoque une dissonance cognitive, due à des comportements incohérents avec les idées professées. Les progressistes combattent cette profonde incohérence en créant l’archétype de « l’Ennemi », incarné par le type anthropologique du « fasciste » : idéaliste, discipliné, cohérent et attaché à sa terre.
Figure inquiétante pour ceux qui ont honte d’eux-mêmes, elle suscite une forme subtile d’envie envers ceux qui restent fidèles à eux-mêmes, envers ceux qui n’ont pas succombé aux sirènes de la société narcissique du spectacle. La haine et la colère du progressiste envers celui en qui il se reflète douloureusement sont le fruit d’une identification projective, un mécanisme de défense psychique qui refoule des contenus inconscients douloureux ou honteux.
Les sentiments inacceptables comme la haine sont projetés sur leurs adversaires, alors qu’en réalité, le progressiste s’en nourrit constamment. Cette projection le soulage de la culpabilité qui mine l’estime de soi du radical chic, le protégeant du désespoir, de la honte et de la dépression. Les progressistes se perçoivent comme les seuls êtres absolument bons – une dynamique psychique de clivage – car ils dissocient inconsciemment leurs actes de leurs convictions.
Ils se voient comme les gardiens de la justice et de la vérité, en parfaite cohérence avec le modèle qu’ils incarnent : le peuple élu qui a « civilisé » le Nouveau Monde à partir de la vieille Europe. Enfants idéaux des Pères pèlerins, qui ont colonisé les terres des Amérindiens par la violence et la tromperie, commettant un génocide sous l’emprise de leurs instincts prédateurs pervers.
Convaincus d’apporter la civilisation et le protestantisme à des peuples prétendument sauvages, proches du sacré par leur contact direct avec la nature et porteurs de spiritualité et de culture traditionnelle, ils s’estiment élus par Dieu. Cette élection divine est un symptôme précis de paranoïa, un délire de grandeur qui exprime la croyance maladive qu’ils sont les artisans de la démocratie et du progrès, en déclenchant des guerres sanglantes sur les terres d’autrui.
Les progressistes ont oublié, par un processus de répression qui efface les souvenirs et les pensées douloureuses, l’origine de leur sentiment pathologique de supériorité : un narcissisme grandiose. Ce sont des individus faibles et perturbés qui trouvent réconfort et salut dans une société des apparences, où le déni de la vérité est remplacé par le récit. L’hallucination woke, avec l’effacement de l’Histoire, les théories malsaines du genre, l’écologisme conventionnel et la passion théorique pour une immigration incontrôlée, sont des signes manifestes du remplacement de la réalité par un fantasme malsain. Les radicaux chics, retranchés dans les quartiers luxueux des centres urbains, sont les pires racistes et classistes ; ils méprisent intimement les pauvres qu’ils aiment exploiter.
Les consommateurs compulsifs détruisent l’environnement qu’ils prétendent protéger, le saturent de déchets technologiques et des rebuts de leurs achats incessants. Effacer les traditions, la biodiversité et l’histoire des peuples est le signe d’un profond malaise, d’un mépris de soi-même et de sa patrie. En cette période de déclin, le courage d’être les héritiers d’une grande civilisation, de respecter ses origines et de défendre la terre de ses ancêtres est un signe indéniable de santé mentale.






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