La Confédération syndicale internationale a dévoilé aujourd’hui la treizième édition de son indice consacré aux droits des travailleurs. Réalisée dans 151 pays à partir de 98 indicateurs adossés aux conventions de l’Organisation internationale du travail, cette photographie annuelle montre que les reculs ne se cantonnent plus aux régimes autoritaires. Les grandes démocraties sont elles aussi touchées.

La France obtient cette année son plus mauvais résultat depuis la création du baromètre en 2014. L’enquête souligne que des militants syndicaux font l’objet de poursuites et que les rassemblements se heurtent à des limitations croissantes. Ces pratiques nourrissent, selon le rapport, un affaiblissement continu des protections dont bénéficient les salariés.

Pour la première fois, les États-Unis intègrent la liste des pays à surveiller. L’organisation constate un net recul de la négociation collective obligatoire et un usage de la contrainte physique envers des travailleurs mobilisés.

À l’échelle mondiale, trois phénomènes structurels sont mis en avant. Des responsables syndicaux sont arrêtés, violentés ou visés par des procédures judiciaires. La surveillance numérique est massivement utilisée pour épier les salariés et entraver les tentatives d’organisation. Enfin, les gouvernements élaborent de plus en plus de réformes du code du travail sans consulter les organisations syndicales.

Le déclassement de l’Argentine est l’un des plus brutaux jamais enregistrés. En deux années de présidence, Javier Milei a instauré un protocole répressif contre les coupures de route et accéléré la dérégulation du marché du travail. Le rapport évoque un retour aux pratiques des chapitres les plus autoritaires de l’histoire argentine. Le Panama fait lui aussi son entrée parmi les dix pays les plus durs envers les travailleurs, rejoignant l’Égypte, la Turquie ou encore la Tunisie.

À l’inverse, huit États ne présentent que des violations ponctuelles. Sept se trouvent en Europe, comme l’Allemagne, le Danemark ou l’Islande. L’Uruguay est la seule exception non européenne.

Le secrétaire général de la CSI, Luc Triangle, a qualifié la situation d’offensive concertée contre la démocratie. Il a dénoncé une mainmise des grandes fortunes, appuyée par des responsables politiques, qui aboutit à priver les travailleurs de leurs droits et à les réduire au silence pendant que l’économie est orientée au profit d’une minorité.

Le document établit également un lien entre la montée de l’extrême droite en Europe et une hostilité grandissante envers les syndicats et leurs adhérents.

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