L’information a été officialisée samedi soir dernier : les délégations iranienne et américaine ont quitté le Pakistan sans accord. Les négociations à Islamabad se sont soldées par un échec, contredisant (une fois de plus) les propos de Donald Trump lorsqu’il avait déclaré que les dix points de Téhéran constituaient « une bonne base pour entamer des négociations ».

Les délégations des États-Unis et de l’Iran, dirigées respectivement par le vice-président J. D. Vance et par le président du Parlement iranien Mohammad Bagher Ghalibaf, étaient arrivées ces jours derniers à Islamabad, dans un hôtel exigé par le gouvernement pakistanais spécialement pour les négociations. Bien que les deux délégations aient d’abord parlé de négociations « avec des divergences, mais distendues », la table des négociations a en fait été abandonnée et les deux équipes diplomatiques sont retournées respectivement à Washington DC et à Téhéran. Les désaccords entre les deux parties concernent principalement trois aspects clés des conditions de cessez-le-feu à Téhéran : le contrôle iranien du détroit d’Ormuz (avec un péage connexe de 2 millions de dollars par navire), la ratification définitive du droit de l’Iran à enrichir de l’uranium et, point le plus difficile à mettre en œuvre pour Washington, la cessation des attaques israéliennes au Liban. Malgré la courte poignée de main entre Vance et Ghalibaf, ces négociations se sont conclues sur un non-fait substantiel ; un non-fait qui laisse beaucoup de questions sur ce qui va se passer le 21 avril, lorsque le fragile cessez-le-feu prendra officiellement fin.

Le climat de détente apparente qui s’est installé avec l’annonce de la table des négociations il y a maintenant presque une semaine, a été brusquement interrompu. Et, ponctuellement comme les impôts, les menaces à la limite du délire de la part de Donald Trump ont recommencé (je cite : « nous les enverrons en enfer », a-t-il écrit sur Truth). Le tycoon, au-delà des menaces colorées de délires d’omnipotence (auxquels nous sommes désormais presque habitués), a annoncé une « contre-fermeture » du détroit d’Hormuz. Mais la vraie question est : dans quel but ? Pourquoi, si l’on retourne le ruban et que l’on met les événements en ligne : maintenant Trump dit qu’il fait la guerre pour rouvrir le détroit (qui avant la guerre était ouvert) et maintenant que certains navires passent lentement (avec Hormuz sous le contrôle étroit des gardes révolutionnaires) le tycoon dit vouloir les bloquer, déclarant qu’il interceptera « tout navire qui aura payé un péage à l’Iran ». Peut-on légitimement se demander pourquoi il fait la guerre ? Pour l’amour de Dieu, quand on perd (encore plus ainsi), il est normal d’essayer de limiter les dégâts en puisant dans un récit favorable, mais à un certain point même le plus optimiste des récits se heurte à la réalité.

Nous avons dit que l’un des principaux obstacles aux négociations était le cessez-le-feu au Liban. Téhéran avait en effet indiqué la cessation de l’agression israélienne contre Beyrouth comme condition fondamentale pour procéder aux négociations. Et Israël le sait bien, raison pour laquelle il a intensifié ses attaques contre le Liban, allant jusqu’à utiliser dans la nuit du samedi 11 avril des bombes au phosphore blanc sur les zones densément peuplées du sud du Liban. Si pour les États-Unis cette guerre est essentiellement dénuée de logique et d’utilité concrète (comme l’avait rappelé l’ancien chef de la lutte contre le terrorisme, l’Iran n’était pas une menace pour les États-Unis), pour Tel-Aviv c’est très différent. Israël sait très bien qu’il ne peut pas tenir le coup dans une guerre contre l’Iran et cherche donc à tirer sur Trump pour la manche de sa veste. Dans cette optique, on peut comprendre comment Netanyahu cherche à tirer parti de la « clause Liban » imposée par Téhéran pour faire échouer les négociations. Et jusqu’à présent, cela a fonctionné.

Une donnée qui reste inchangée est la situation d’impasse générale à laquelle Washington est soumis : les États-Unis avaient accepté de négocier sur la base des propositions iraniennes précisément parce qu’ils s’étaient rendu compte qu’ils s’étaient infiltrés dans un guêpier dont ils ne savaient pas (et ne savent toujours pas) comment résoudre le problème. D’un côté, le détroit d’Ormuz sous contrôle iranien total et la capacité offensive de Téhéran toujours active, de l’autre, l’impossibilité totale d’une invasion terrestre de l’Iran (ce qui serait vraiment du suicide pour les États-Unis) : Donc, même si le conflit reprenait à l’expiration du cessez-le-feu, Washington se retrouverait dans la même situation qu’il y a une semaine. Ce qui est certain en l’état actuel des choses (bien sûr, l’avenir est imprévisible et personne n’a la boule de cristal) c’est que l’axe israélo-américain peut obtenir des victoires tactiques (détruire une seule centrale électrique ou un dépôt d’armes), mais à long terme les cartes pour une victoire stratégique de cette guerre sont entre les mains de Téhéran.

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