Le 6 mai dernier, Friedrich Merz célébrait une année à la tête du gouvernement fédéral. Seulement six jours plus tard, un sondage Forsa publié par Bild révélait une chute vertigineuse du consensus : seuls 13% des Allemands le soutiennent. « Il y a eu des pics négatifs même pour les anciens chanceliers, mais que quelqu’un dans cette position tombe en dessous de 15% nous n’avions jamais vu auparavant », a commenté Peter Matuschek, le chef de l’institut de suivi, si étonné qu’il a consulté les archives historiques avant de s’exprimer. Parmi les partis, l’extrême droite d’AfD se distingue avec 27 %, suivie de son parti CDU/CSU (22 %) puis du SPD (12 %). La perte de soutien concerne directement les conservateurs et les sociaux-démocrates qui « ont perdu un tiers de leur substance », a commenté l’analyste. Les deux partis au pouvoir en 2025 ont enregistré les pires résultats de leur histoire, mais le bilan est encore plus sombre. Tous ces chiffres ressortaient déjà en partie d’un sondage de Deutschlandtrend, selon lequel seulement 15% des Allemands étaient satisfaits du travail de Merz : pour Matuschek, « c’est un niveau jamais vu auparavant ».

La révélation de Forsa intervient peu avant la réunion du comité de coalition prévue le soir du 12 mai. Le chancelier s’y présentera avec des chiffres alarmants : 87 % des personnes interrogées se déclarent insatisfaites du gouvernement fédéral. Selon Matuschek, les promesses électorales, certes ambitieuses mais non tenues, mais aussi le manque de leadership ont fortement influencé l’opinion des électeurs allemands. Lors de son entrée en fonction il y a un an, Merz avait promis un redressement pour l’Allemagne : aujourd’hui, la croissance reste faible, l’industrie n’a pas retrouvé sa compétitivité d’antan et les tensions politiques internes pèsent lourdement sur le pays, tant à l’étranger qu’en Allemagne. Le point faible demeure l’économie : selon l’Office fédéral de la statistique Destatis, le PIB allemand a progressé de 0,3 % au premier trimestre 2026, un chiffre supérieur aux prévisions, mais le chômage a dépassé les 3 millions en avril. Au cours du même mois, le ministère de l’Économie a réduit de moitié ses prévisions de croissance pour 2026, les faisant passer de 1 % à 0,5 %, et a également abaissé ses estimations pour 2027 à 0,9 %.

Pour le chancelier, tout passe par la croissance économique car sans elle « il n’y a pas d’État-providence efficace ». Ainsi que le rapporte Bild, le leader de la CDU a déclaré au congrès fédéral de la Confédération des syndicats allemands (Dgb) le 12 mai. Il savait que ce serait difficile mais peut-être qu’il ne s’attendait pas à 15 minutes de sifflements, de pancartes et de cris de la part du public. Devant 400 délégués, il a appelé à considérer le processus de réforme comme une opportunité plutôt que comme une menace : « Nous avons négligé la modernisation de notre pays – a-t-il dit – l’Allemagne doit faire un geste ». Mais de nombreux cris sont venus lorsque le chancelier a décrit les mesures d’économie pour l’assurance maladie publique et la réforme des retraites à venir cet été : « Ce n’est pas dû à une malveillance de ma part ou du gouvernement fédéral – il s’est justifié – C’est une question démographique et mathématique ».

Mais les problèmes ne se limitent pas à Merz. Selon le sondage Forsa, les plus grandes difficultés attendent le SPD et ses codirigeants, Lars Klingbeil et Bärbel Bas. Les analystes s’inquiètent surtout des mauvais résultats obtenus dans les Länder, ce qui entraîne une perte de terrain « même au niveau régional » avec « deux présidents qui, apparemment, ne partagent pas la même vision ». Ce problème affecte inévitablement le gouvernement, car si les sociaux-démocrates sont indispensables à leur majorité de seulement 26 sièges au Bundestag, ils constituent également le principal obstacle aux réformes plus libérales promises par Merz. La coalition gouvernementale entre la CDU/CSU et le SPD est loin du « changement de cap » qu’elle avait annoncé il y a un an.

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur observateurdissident.fr

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture