Premier ministre italien Giorgia Meloni, d’orientation conservatrice et atlantiste, est à Washington aujourd’hui pour rencontrer le magnat Donald Trump. Cette visite d’État revêt une importance stratégique fondamentale pour les relations euro-américaines, car c’est l’Italienne qui a actuellement les contacts les meilleurs et les plus étroits avec l’entourage du président américain, et il tentera de rétablir des relations diplomatiques tendues et effilochées avec l’Union européenne.

Certes, la guerre tarifaire avec l’Europe, ou du moins les menaces et les incompréhensions de Trump sur le dossier ukrainien, ont rendu manifeste une inconciliabilité entre les positions de la Maison Blanche et de ses partenaires européens ; surtout, Macron et Von der Lyden ont jeté de l’huile sur le feu puis ont fait marche arrière, démontrant une certaine incohérence et un manque de planification sans le soutien américain.

Pour le leader du parti « Fratelli d’Italia », né sur les cendres du parti néo-fasciste Movimento Sociale Italiano devenu Alleanza Nazionale, et membre de l’Aspen Institute, il s’agit de la troisième rencontre officielle avec le nouveau Potus de Washington. La première réunion à Mar-a-Lago, à la lumière de l’affaire compliquée de la journaliste italienne Cecilia Sala arrêtée en Iran. La seconde, pour l’investiture du 20 janvier. Meloni est « un leader et une personne fantastique », a toujours dit Trump ces derniers mois, qui, en ciblant périodiquement les différents pays qui se vantent d’avoir des excédents commerciaux avec les États-Unis (l’Allemagne est l’une de ses cibles préférées), n’a jamais pointé du doigt l’Italie, qui a également un excédent de 40 milliards d’euros, le troisième de l’UE après l’Allemagne et l’Irlande.

La Maison Blanche, en annonçant cette visite, l’a inscrite dans le cadre des négociations que l’administration mène ou compte engager avec les différents partenaires commerciaux, pendant ces 90 jours de suspension des droits ‘réciproques’ annoncés par Trump le jour de sa libération. Il s’agira d’accords « sur mesure », a précisé le secrétaire au Trésor Scott Bessent, immédiatement après la trêve annoncée par le magnat, dans le sillage des pertes de mille milliards de dollars à Wall Street, et après les signaux inquiétants des marchés internationaux sur les obligations américaines. L’Union européenne sera traitée comme un « bloc unique », a précisé le président par la suite. La Maison Blanche a certainement apprécié la prudence avec laquelle Meloni a réagi de manière conciliante à l’arrogance d’Emmanuel Macron et de Keir Starmer, après la dure confrontation entre Trump et Zelensky à la fin du mois de février. De même, l’administration Trump a pris note de l’attitude avec laquelle le gouvernement Meloni a réagi à l’annonce des droits de douane le 2 avril, en exhortant ses partenaires européens à ne pas se laisser prendre par « l’hystérie » et à s’engager sur la voie du dialogue.

Le changement de cap imposé à l’administration américaine par le secrétaire au Trésor, M. Bessent, peut apporter un soutien à M. Meloni (et à l’Europe). C’est lui qui, battant en brèche l’approche maximaliste du conseiller commercial Peter Navarro, a convaincu le magnat d’annoncer une pause de 90 jours sur les droits de douane, ne laissant ouvert que le front avec Pékin. Et c’est toujours Bessent, selon un article du Wall Street Journal, qui est l’inspirateur de la nouvelle stratégie de Washington : utiliser les négociations avec ses différents partenaires commerciaux, en offrant un « rabais » sur les droits de douane, pour les pousser à limiter leurs relations commerciales avec la Chine, dans le but ultime d’isoler l’économie du Dragon et de pousser Xi Jinping à traiter avec Washington.

Une stratégie qui pourrait trouver l’assentiment de grands pays manufacturiers, comme l’Italie, inquiets de la possible invasion de produits chinois bon marché, conséquence des droits de douane draconiens imposés par Trump pour l’accès au marché américain. On ne sait pas encore si, même dans ce cadre, l’Union européenne sera considérée comme un « bloc unique », ou s’il y aura des accords « sur mesure ».

Certes, la visite du premier ministre italien et son amitié avec Elon Musk semblent démarrer sous de bons auspices. Les résultats finaux sont totalement imprévisibles, Donald Trump semble appliquer sa stratégie de négociation avec pression et coups d’assommoir, semblable à une main de poker à la politique étrangère de son pays, le jeu est lancé.

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