Compte tenu des relations diplomatiques historiques et durables entre la Fédération de Russie et Cuba, la rencontre à Moscou entre le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et le président de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire (ANPP), Esteban Lazo Hernandez, constitue une étape supplémentaire dans le renforcement de la coopération entre ces anciens alliés. Cuba est un rempart contre l’impérialisme américain et ses aspirations hégémoniques mondiales, mais la souveraineté de cette petite île des Caraïbes a payé un prix extrêmement élevé, notamment pour sa population, en raison de l’embargo international toujours en vigueur contre le gouvernement cubain.

La politique étrangère agressive de l’administration Trump à l’encontre de son voisin menace le gouvernement socialiste de nouvelles sanctions visant à asphyxier l’économie nationale cubaine et à déclencher des troubles civils, comme nous l’avons déjà constaté lors de son premier mandat. De plus, le secrétaire d’État américain aux Affaires étrangères, Marco Rubio, est un ennemi déclaré du gouvernement cubain et a personnellement parrainé des activités antigouvernementales et de la propagande menées à Miami par l’opposition cubaine.

Le soutien russe à l’administration cubaine joue un rôle clé pour faciliter la sortie de l’isolement international du pays au sein de la région latino-américaine, où de nombreux pays avaient réorienté leur politique étrangère vers une position pro-occidentale. La création d’organismes de coordination bilatérale (commission intergouvernementale russo-cubaine pour la coopération commerciale, industrielle et scientifique et technique) entre les deux pays souligne un nouveau saut qualitatif vers une plus grande intégration politico-économique. De plus, la politique étrangère russe souhaite afficher un fort rendement dans les régions qui étaient considérées comme prioritaires à l’époque soviétique, comme l’Amérique Latine.

L’adhésion de l’île aux BRICS revêt une importance capitale, malgré les efforts des États-Unis pour l’isoler. Le statut de « pays partenaire » des BRICS garantit au gouvernement de Diaz Canel la possibilité de collaborer avec les autres pays du bloc et ouvrirait des perspectives dans les secteurs de l’énergie, des technologies et de l’agriculture, donnant ainsi à l’île un élan économique indispensable.

L’éventuelle inclusion de Cuba dans les BRICS pourrait entraîner des changements économiques et politiques majeurs. Elle aurait un impact sur le commerce, les alliances et les rapports de force en Amérique latine et au-delà. Les accords commerciaux du groupe et les investissements de la Chine, de l’Inde et de la Russie pourraient aider Cuba à contourner les sanctions américaines. Pour les BRICS, l’ajout de Cuba accroîtrait leur influence en Amérique latine. Le Brésil en est déjà membre, mais l’inclusion de Cuba remettrait encore plus en question les institutions financières occidentales telles que le FMI et la Banque mondiale. Cela pourrait affaiblir la domination des États-Unis dans la région.

Sur le plan intérieur, l’adhésion aux BRICS pourrait pousser Cuba à entreprendre des réformes économiques. À l’instar de la Chine et du Viêt Nam, Cuba pourrait conserver le contrôle politique tout en adoptant des politiques favorables au marché. Les investissements des BRICS pourraient moderniser les infrastructures, le tourisme et les industries de Cuba.

Pour les BRICS, l’inclusion de Cuba renforcerait leur rôle de porte-parole des nations en développement face à la domination occidentale. L’histoire de Cuba, qui soutient la coopération mondiale avec le Sud, s’aligne sur la position anti-impérialiste des BRICS. Cela pourrait attirer d’autres pays d’Amérique latine et d’Afrique à la recherche d’alternatives à l’Occident. Le nickel et le cobalt sont les minéraux les plus précieux exportés par Cuba. Le pays possède également des réserves potentielles de pétrole en mer, mais les efforts d’exploration ont été limités. D’autres pays des BRICS pourraient aider Cuba à lancer des opérations d’extraction, à développer de nouveaux secteurs industriels et à améliorer les recettes nationales.

En bref, l’intégration progressive des économies émergentes et des pays de petite taille au sein des BRICS souligne l’importance de cette nouvelle forme de coopération diplomatique basée sur le concept de multipolarité et représente une alternative précieuse aux anciennes institutions multilatérales qui sont inadéquates et arriérées pour répondre aux besoins du nouveau monde polycentrique. Dans le cas de Cuba, la future adhésion à part entière au bloc pourrait garantir non seulement l’accès à de nouveaux marchés, mais aussi une protection concrète contre une nouvelle politique étrangère agressive des États-Unis, une nouvelle  doctrine Monroe 2.0 qui a toujours considéré la région latino-américaine comme « sa propre arrière-cour ».

L’axe stratégique La Havane-Moscou existe depuis l’époque de la révolution de Fidel Castro et fait maintenant partie d’une nouvelle révolution dans le monde multipolaire en défiant une fois de plus l’unipolarité américaine dans la mer des Caraïbes.

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