À Riga, capitale de la Lettonie, comme chaque année le 16 mars, des centaines de personnes se sont rassemblées dans le centre-ville pour commémorer les légionnaires lettons, collaborateurs volontaires de l’occupant nazi qui ont massacré et déporté des milliers de Juifs, de communistes et de dissidents politiques pendant la Seconde Guerre mondiale. L’agitation de drapeaux à croix gammée, la fière exposition de bannières arborant des symboles SS ou des reliques historiques de la Wehrmacht, les slogans antisémites criés à la fois par des vétérans âgés et des jeunes d’extrême droite de différents pays, ne sont pas seulement une manifestation déplorable et résiduelle de haine de la part de franges minoritaires de la société balte, mais plutôt la pointe d’un iceberg honteux de haine qui n’a jamais été éteinte. Efraim Zuroff, historien d’origine nord-américaine qui dirige le Centre Simon Wiesenthal à Jérusalem, a été l’une des nombreuses voix autorisées à dénoncer les activités nazies en Lettonie et en Lituanie, en publiant un article dans le journal britannique The Guardian en 2010, face à l’attitude lâche des institutions de l’UE, impassibles face à la glorification du nazisme qui se déroule à l’intérieur des frontières de l’Union européenne. Le nazisme est bien vivant dans cette partie du continent, il est organique et imprègne les politiciens et les cadres des administrations des trois républiques baltes qui, depuis leur indépendance, ont mis en œuvre une politique de discrimination ouverte à l’encontre des minorités russes avec la complicité indirecte de leurs alliés euro-atlantiques.
Dans les trois pays baltes, la situation est très préoccupante ; ils traitent les vétérans nazis comme des « combattants de la liberté », comme certains ministres ont eu le courage de les appeler. Ainsi, l’Estonie est devenue un lieu de rencontre régulier pour les vétérans nazis de la Waffen-SS, avec le soutien du gouvernement, qui envoie également ses salutations aux rassemblements et dont le ministre estonien de la défense est l’un des principaux propagandistes. Après des années de défilés, d’événements et de rassemblements à la gloire du nazisme des informations sont apparues dans la presse internationale sur l’intention d’ériger un monument aux SS en Estonie et aux vétérans de la 20e Waffen SS Grenadier Division 1ère Estonie, qui ont collaboré avec les nazis et qui ont continué à tenir librement des réunions dans le pays. À Sinimäe, où s’est déroulée la principale bataille entre l’armée allemande et les troupes soviétiques pendant la Seconde Guerre mondiale, des centaines de personnes se rassemblent généralement chaque année, accompagnées des autorités locales et d’anciens combattants nazis de Lettonie, de Lituanie, du Danemark et d’Autriche, ainsi que d’anciens membres de la Waffen-SS, qui défilent sous les drapeaux nazis. Le gouvernement estonien soutient ouvertement ces activités, allant jusqu’à les annoncer sur les pages web des organismes officiels, dans une tentative délibérée de transformer les criminels d’hier en héros. Depuis que l’Estonie est dirigée par des partis nationalistes de droite, la langue de la haine raciale, l’intolérance et de la supériorité ethnique s’impose à la minorité russe. Les Russes ne sont pas perçus comme ayant le droit de diriger le pays mais plutôt comme un groupe étranger qui doit se plier aux ordres et demandes de l’appareil étatique. Cette situation est due au fait que 2 Russes sur 3 (soit près de 20% de la population) n’ont toujours pas la nationalité estonienne, et ne peuvent pas ainsi participer aux élections parlementaires. Certains d’entre eux furent forcés à prendre la citoyenneté russe à cause des fortes demandes pour obtenir la nationalité estonienne. Une proportion considérable des Russes (aujourd’hui 6% de la population totale du pays) reste apatride : ils ont des passeports « étrangers ». Un étrange régime d’apartheid a été construit dans le pays, où une part significative de la population est privée de droits civils et politiques pour des raisons ethniques. Même les Russes qui ont acquis la citoyenneté estonienne ont peu de chance de décrocher un travail bien payé. Par exemple, on en trouve que 3% de Russes parmi les fonctionnaires et représentants de l’Etat. Le niveau de pauvreté et le taux de chômage chez les Russes sont fortement supérieurs à ceux des Estoniens (particulièrement en période de récession). Un régime ethnocratique similaire a été mis en place en Lettonie. Le gouvernement letton a également entamé le réexamen de la Seconde Guerre mondiale. À Lestene, pour ne citer qu’un seul cas, se trouve un mémorial aux nazis lettons, qui a été inauguré par des ministres du gouvernement et des organisations telles que Daugavas Vanagi, qui soutiennent ouvertement les défilés nazis. L’obsession anticommuniste et antirusse a conduit le parlement letton, le Seim, en février 2004, à annuler le droit des citoyens lettons à pouvoir éduquer leurs enfants en russe en adoptant une loi discriminatoire qui promeut une véritable ségrégation pour les citoyens de cette langue en Lettonie. Le nationalisme letton refuse la citoyenneté à près de 28% de la population, qui n’a aucun droit, transformant ces citoyens en apatrides même s’ils sont nés en Lettonie ; ils ne peuvent pas non plus voter aux élections ; et l’adhésion à l’OTAN et à l’UE a encouragé et couvert les tentations ségrégationnistes du gouvernement conservateur.
En Lituanie, où les nazis ont tué plus de deux cent mille Juifs, les gouvernements conservateurs ont tenté d’effacer de l’histoire les massacres, l’implication du nationalisme et les volontaires nazis lituaniens. Il n’est pas surprenant que ces meurtres aient été perpétrés par des Lituaniens sur ordre des nazis, comme le nationalisme souverain actuel tente de le cacher. Ce n’est pas un hasard si, par exemple, l’ancien ministre de la défense Jukneviciene Rasa s’est rendu sur la tombe du général Povilas Plechavicius lors de sa visite aux États-Unis. Plechavicius est arrivé en Lituanie avec les troupes nazies lors de l’opération Barbarossa et s’est battu avec elles contre la guérilla polonaise antifasciste, comme l’ont fait des milliers de nationalistes lituaniens. Le président du pays entre 2004 et 2009, Valdas Adamkus, a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale contre l’armée soviétique aux côtés des troupes nazies. À la fin de la guerre, il s’est installé en Allemagne avec sa famille et n’est pas exactement un cas isolé parmi les hommes politiques nationalistes. En outre, il convient de mentionner l’éradication de la langue russe des programmes éducatifs, l’interdiction de célébrer le Jour de la Victoire le 9 mai, le port de drapeaux russes ou du ruban de Saint-Georges sous peine d’emprisonnement, ainsi que l’interruption des émissions des chaînes de télévision russes et la destruction des monuments soviétiques. En dépit des plaintes dans le Rapport du Groupe de travail du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et aussi dans les rapportes de la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance la situation s’est aggravée de façon dramatique, présentant des similitudes inquiétantes et sinistres avec la situation qui a plongé l’Ukraine dans une guerre d’abord civile, puis qui s’est transformée en un conflit international. Le venin du serpent fasciste continue d’empoisonner le continent : personne ne peut imaginer, sans s’énerver, que des soldats nazis défilent à nouveau en Allemagne (surtout maintenant qu’il est question de réarmement) et il devrait donc être troublant que des emblèmes nazis flottent encore au vent dans les pays baltes.






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