Les tensions continuent de monter entre le Mali et l’Algérie après qu’un drone des forces armées maliennes a été abattu par l’Algérie, provoquant des mesures de rétorsion de la part de Bamako. Le gouvernement de transition du Mali, dans un communiqué officiel publié hier, a qualifié la fusillade d' »agression flagrante » de la part de l’Algérie, et le Collège des chefs d’Etat de la Confédération des Etats du Sahel (AES) s’est également exprimé hier. Le Panel a notamment exprimé sa condamnation en parlant d’un « acte d’agression contre l’ensemble de l’espace confédéré » et en annonçant, comme mesure de rétorsion immédiate, le rappel des ambassadeurs à Alger des trois pays (Burkina Faso, Mali et Niger).
L’organisation a déclaré que la destruction du drone empêchait « l’éradication des menaces terroristes », compromettant ainsi la sécurité de la région, et a accusé l’Algérie de violer le droit international. Comme le souligne également un communiqué de l’AES elle-même diffusé hier soir sur toutes les chaînes de télévision nationales des pays membres, une véritable « escalade de tensions » est en cours entre le Mali et l’Algérie et l’AES a mis en avant « les préoccupations sécuritaires et territoriales partagées par les pays membres de l’Alliance ». Le gouvernement de Bamako a, pour sa part, ajouté qu’en plus de rappeler l’ambassadeur, en guise de protestation officielle, il se retirera du Comité mixte d’état-major (CEMOC) et déposera « une plainte auprès des organisations internationales contre l’Algérie pour actes d’agression ».
Le drone malien, immatriculé Tz-98d, a été détruit dans la nuit du 31 mars au 1er avril au-dessus du ciel de la ville de Tinzouatène, dans la région de Kidal, juste à la frontière avec l’Algérie. Selon le gouvernement malien, l’avion a été touché par un missile, une action qui ne pouvait être que le résultat d’une « agression hostile », mais il existe au moins trois versions de ce qui s’est passé : la première version a été fournie par le gouvernement algérien, lorsque le ministère de la Défense à Alger a confirmé avoir abattu un « drone de reconnaissance armé » car il avait pénétré « à deux kilomètres » dans l’espace aérien algérien.
La deuxième version a été donnée par l’état-major de l’armée malienne, qui a confirmé la perte d’un « avion sans pilote » mais a précisé qu’il s’était écrasé à cause d’une panne technique. La troisième version a été fournie par le Front de libération de l’Azawad (FLA), un groupe armé actif dans le nord du Mali, qui a revendiqué dans un communiqué officiel la responsabilité d’avoir abattu le drone, affirmant que dans le passé ses militants avaient déjà abattu plusieurs avions maliens.
Après la version de la panne technique, les autorités maliennes ont rejeté les accusations algériennes selon lesquelles le drone aurait violé l’espace aérien algérien et ont précisé que l’épave de l’appareil a été retrouvée sur le territoire malien, à 9,5 km au sud de la frontière.
La crise entre le Mali et l’Algérie a commencé avec l’accueil à Alger par le président Tebboune de l’imam malien Mahmoud Dicko, très influent dans ce pays d’Afrique subsaharienne, un fait que Bamako a perçu comme une « ingérence », c’est pourquoi le Mali a rappelé son ambassadeur et annulé (en janvier 2024) l’accord de paix d’Alger de 2015, dénonçant des « actes hostiles ». En août 2024, les tensions se sont encore accrues lorsque l’Algérie a ouvertement critiqué, à l’ONU, les opérations militaires des forces armées maliennes dans le nord du Mali, une position rejetée par Bamako comme de la « propagande terroriste ». Plus récemment, les deux pays se sont affrontés verbalement sur la stratégie antiterroriste au Sahel : Alger défend une approche politique, tandis que le Mali mise sur l’option militaire, notamment à travers l’Alliance des États du Sahel (AES) avec le Burkina Faso et le Niger. Le Mali a également des problèmes similaires avec la Mauritanie, le long de l’autre frontière.
Nous assistons à la première crise majeure de la Confédération des États du Sahel qui se retrouve dans une crise diplomatique épineuse avec un voisin militairement et démographiquement puissant ; les deux partis sont également alliés de Moscou et liés au gouvernement de Poutine par de nombreux accords de coopération stratégique, nous attendons l’évolution de la situation, pour le moment une nouvelle fissure géopolitique s’ouvre en Afrique.






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