Le gouvernement de Tel-Aviv a lancé une vaste offensive contre le régime iranien, frappant des dizaines de cibles dans une opération qui fait entrer la région dans une nouvelle phase de conflit à l’issue encore incertaine et ouvre la possibilité d’un impact significatif sur les marchés de l’énergie.
Il n’est donc pas surprenant que la prime géopolitique sur le Brent ait déjà atteint 10 USD, selon les calculs de JP Morgan. En effet, l’infrastructure énergétique de l’Iran a été touchée pour la première fois samedi dernier par les FDI. Mais la cible la plus importante et la plus facile, l’île de Kharg, n’a pas encore été touchée.
L’impression est qu’Israël frappe les dépôts de carburant, les raffineries et les réseaux de distribution nationaux pour déstabiliser davantage l’économie et le régime iraniens, tout en épargnant les terminaux destinés à l’exportation de pétrole brut et de ses dérivés, précisément pour éviter une escalade des prix. À cet égard, il convient de noter que toute dynamique capable de pousser significativement les prix du pétrole (et donc l’inflation) à la hausse se heurterait de toute façon à la priorité politique de l’administration Trump, qui vise à maintenir les prix de l’énergie à un niveau bas pour compenser l’effet inflationniste des droits de douane, mais aussi à la nécessité pour le gouvernement de Pékin d’importer de l’or noir bon marché.
Un scénario de hausse des prix du pétrole serait en revanche favorable à Moscou, dont l’économie connaît une croissance constante et dont les exportations de pétrole se déplacent vers l’Asie. Cependant, étant donné la nature encore fluide des développements et l’effet domino potentiel de l’attaque, nous ne pouvons pas tirer de conclusions définitives aujourd’hui.
À ce jour, trois scénarios sont susceptibles d’affecter radicalement les marchés mondiaux de l’énergie
Attaque de Tel-Aviv sur les infrastructures iraniennes. L’Iran produit aujourd’hui 3,2 millions de barils de pétrole brut par jour, en exporte 1,8 million et produit 350 000 barils de produits raffinés par jour. La production s’est progressivement redressée depuis le creux de 1,7 million de barils par jour de pétrole brut touché en 2021, bien qu’elle reste inférieure au pic de près de 4,0 atteint en 2017-2018.
Les exportations de pétrole brut, bien qu’en hausse à 1,8 million de barils par jour, sont encore inférieures de 1 million de barils par jour aux sommets de mai 2018, mais presque deux fois plus élevées qu’au début de l’année 2022. En ce qui concerne les produits raffinés, les exportations sont actuellement inférieures de 310 000 barils par jour au pic de mai 2024. À ce jour, quelque 148 navires transportant du pétrole iranien sont soumis aux sanctions américaines, ce qui représente 1,03 million de barils par jour de pétrole brut, soit 65 % des exportations totales de l’Iran en 2024.
Parmi ces navires, 51 appartiennent à la société d’État NIOC, qui a transporté 700 000 barils par jour l’année dernière, tandis que les 97 autres navires sanctionnés n’appartiennent pas à l’Iran. L’Iran dispose d’une capacité nationale de raffinage de 2,2 millions de barils de pétrole brut par jour et d’une vaste infrastructure d’exportation, le principal terminal pétrolier étant situé sur l’île de Kharg, dans le golfe Persique. Toutefois, comme nous l’avons mentionné, une attaque israélienne directe sur ces actifs serait difficilement acceptable pour l’administration américaine, qui souhaite éviter des chocs directs sur les marchés pétroliers.
Fermeture du détroit d’Ormuz par le régime de Téhéran
Les représentants du régime iranien ont déjà évoqué la fermeture redoutée du détroit d’Ormuz. Il s’agit d’un point de passage crucial par lequel transitent actuellement 21 millions de tonnes de pétrole brut et de produits dérivés (soit 30 % du commerce maritime mondial de pétrole) et 20 % de l’approvisionnement mondial en GNL. Tout en reconnaissant la vulnérabilité logistique de la zone, le risque d’une fermeture totale du détroit reste faible, même dans un scénario d’escalade.
Historiquement, Téhéran n’a jamais fermé le passage, conscient du coût économique et géopolitique élevé qui en résulterait. En effet, fermer le détroit impliquerait de violer gravement les normes internationales et de menacer directement les intérêts économiques des partenaires du Golfe. L’Arabie saoudite exporte la majeure partie de son pétrole via Ormuz, bien qu’une partie puisse être détournée vers des oléoducs terrestres.
L’Irak est exposé pour 85 % de ses exportations
Le Koweït, le Qatar et le Bahreïn sont totalement dépendants du détroit. Enfin, la fermeture compromettrait les relations commerciales avec les principaux clients asiatiques, en particulier la Chine, qui absorbe environ 90 % du pétrole brut iranien. La fermeture du détroit d’Ormuz a peut-être été évoquée pour inciter Washington à faire pression sur Tel-Aviv. Mais pour l’heure, on observe un ralentissement des flux maritimes à travers Ormuz, qui se traduit par une flambée des primes d’assurance.
Le coût de l’assurance d’un VLCC (Very Large Crude Carrier) reliant l’Arabie Saoudite à Rotterdam a augmenté d’environ 450 000 dollars, tandis que certains assureurs ont temporairement suspendu l’émission de nouvelles polices. En résumé, la fermeture d’Ormuz serait le dernier recours pour Téhéran. L’Iran pourrait prendre des mesures moins radicales, telles que l’interruption de la navigation commerciale dans le golfe Persique. Toutefois, il convient de rappeler que même pendant la guerre dite des pétroliers des années 1980, au cours de laquelle 259 pétroliers ont été attaqués entre 1984 et 1987, les exportations de pétrole brut du Golfe n’ont pas subi de blocages systémiques, et qu’il n’y a pas eu de flambée durable des prix mondiaux du pétrole.
Attaque iranienne contre les infrastructures des pays du Golfe
L’Iran pourrait également envisager des attaques ciblées contre les installations de raffinage et de logistique des pays du CCG, qui représentent environ 6 millions de barils par jour. Bien que le précédent des attaques menées en 2019 par les Houthis contre Abqaiq et Khurais en Arabie saoudite soit encore présent dans la mémoire du marché, la probabilité d’une escalade directe à grande échelle reste faible, notamment en raison des récentes améliorations diplomatiques entre l’Arabie saoudite, les Émirats et Téhéran, facilitées par la médiation de la Chine. En bref, l’incertitude est grande sur les marchés mondiaux du pétrole et du bois, tandis que la crainte d’une extension du conflit s’accroît, sans exclure l’option nucléaire, l’énergie et l’économie sont des mots qui rebondissent partout dans l’actualité mondiale.






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