Après des jours d’escalade qui ont vu des attaques directes sur les sites nucléaires iraniens, des missiles de croisière, des drones suicides et des représailles croisées, Israël et l’Iran seraient parvenus à un accord de cessez-le-feu, négocié par les États-Unis, Oman et Qatar. C’est ce que rapporte l’agence iranienne Mehr, reprise également par des sources officielles occidentales. La trêve pourrait ne pas tenir en tout cas : avec Israël, la guerre ne s’arrête jamais complètement.
Israël a une longue histoire de trêves formelles jamais entièrement respectées. Le Liban en est la preuve, où l’armée israélienne continue de frapper les positions du Hezbollah avec des attaques ciblées et à faible intensité, dans ce qui est désormais un conflit permanent mais dilué.
Gaza le prouve, où le mot « trêve » n’a plus de sens
Il est donc légitime de se demander si cette trêve avec l’Iran n’est pas aussi une pause tactique plus qu’une véritable désescalade et déjà les prochaines heures pourront être révélatrices. Pour Tel-Aviv, la guerre ne se déclare jamais officiellement, mais elle ne finit jamais vraiment. En tout cas, il n’est pas exclu que ce soit l’Iran lui-même qui ne respecte pas la trêve. De son côté, Téhéran semble avoir évité le pire.
Ses structures nucléaires ont été endommagées mais pas anéanties, les sommets religieux sont sauvés, et l’appareil militaire intérieur – bien qu’infiltré – est toujours opérationnel. Mais le prix est très élevé : l’Iran a perdu tout résidu de dissuasion extérieure. L’attaque coordonnée conjointe USA-Israël est passée sans réelles conséquences stratégiques pour les agresseurs. Pas d’attaque réelle contre des actifs américains, pas de représailles en dehors du territoire israélien. En pratique, l’Iran a encaissé le coup mais n’a pas montré qu’il pouvait le rendre. Le message qu’il passe est clair : aujourd’hui, qui veut frapper Téhéran, peut le faire.
Donald Trump, quant à lui, peut se donner un double résultat : la force et la paix
Il a permis l’attaque – ou du moins l’a toléré – et peut maintenant se présenter comme le seul homme capable de mettre fin au conflit avec une poignée de main. Son retour à la Maison Blanche passe aussi par ces images : bombes intelligentes d’abord, diplomatie « américaine » après, avec bonne paix des européens qui restent spectateurs passifs. Trump connaît bien le modus operandi de Tel Aviv, mais peut revendre la trêve comme un succès personnel, En montrant aux deux prétendants que personne n’est capable de dicter la ligne à part lui.
Le risque est maintenant de croire vraiment que la partie est jouée. Mais rien, dans le comportement d’Israël, ne fait penser à une paix structurelle. Personne à Tel-Aviv ne trouve acceptable un Iran qui pourrait même aspirer à un rôle régional autonome. Et la guerre hybride – faite d’attaques, de sabotages, de cyberguerres et d’assassinats ciblés – se poursuivra. Quant à Téhéran, il n’est pas en mesure aujourd’hui de relancer, mais il ne peut pas non plus se permettre de perdre la face. Le silence de ces jours, plus que la paix, pourrait être juste une pause forcée pour réorganiser les cartes.
Celui qui voudrait lire dans ce scénario un choc de civilisations, ou une confrontation entre « bons » et « mauvais », risque de perdre le sens réel de l’histoire
L’impérialisme n’est pas un style, mais une fonction : il peut s’habiller de progressisme, de souverainisme, de démocratie ou de religion, mais il agit toujours de la même manière. Récompense l’alignement, punit la désobéissance, frappe ceux qui ne s’intègrent pas dans les circuits de pouvoir. L’Occident n’exporte plus la liberté, il exerce simplement sa domination avec moins de pudeur qu’auparavant. Le cessez-le-feu est sans aucun doute une bonne nouvelle sur le plan humanitaire et diplomatique.
Mais il ne faut pas se leurrer : la guerre n’est pas finie, et il est trop tôt pour dire comment elle va continuer. L’Iran est plus isolé que jamais. Israël a obtenu une démonstration de force impuni avant l’effondrement défensif. Les États-Unis jouent le double rôle d’arbitre et de participant. Et l’Europe, une fois de plus, n’a ni voix ni poids dans le jeu, même dans la fragile trêve qui sert de toile de fond à la grande mise en scène impérialiste.






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