Aux origines du conflit politique, avant même la question purement idéologique, se trouve la dimension psychologique individuelle, la projection collective de l’expérience individuelle ne se transformant que plus tard en doctrine.

Cela peut paraître évident, mais cet aspect est bien trop souvent négligé. Nous avons tendance à concevoir ce conflit comme une dichotomie purement théorique et matérialiste, persuadés qu’au cœur du différend se trouve la légitimité, ou non, de la propriété privée des moyens de production, alors que bien souvent, les jeunes qui s’engagent dans les groupes politiques sont à peine capables de subvenir à leurs besoins.

En réalité, la politique n’est rien d’autre que la transposition de la psychologie individuelle à l’échelle collective. Il s’agit simplement d’individus dont les expériences personnelles et les inclinations innées les ont conduits à choisir un camp ou l’autre. Avec, bien sûr, des différences notables dans les conclusions tirées de ces expériences : c’est là, en fin de compte, le nœud du problème, bien plus que la stérilité du débat politique lui-même.

Si chaque individu porte souvent en lui un lourd passé d’exclusion, d’humiliation, un sentiment d’injustice et un désir de rédemption et de reconnaissance, Marx réagit, d’une part, par la transposition collective du ressentiment individuel, le désir de renverser les « maîtres » et quiconque incarne l’excellence, car celle-ci est perçue comme injuste ou intrinsèquement issue d’une forme d’exploitation. Il s’agit d’un appel aux instincts les plus vils de l’âme humaine, d’une frustration profonde et destructrice qui, face à l’impossibilité de s’élever socialement, pousse au renversement du système, à la destruction de tout ce qui a été créé antérieurement, car interprété comme le fruit d’une série d’oppressions systémiques. Ceci conduit à la haine de soi et au déni de sa propre histoire.

L’idée est de renverser l’échiquier plutôt que d’accepter les règles du jeu. Le caprice et l’impuissance se muent en une structure idéologique fondée sur l’envie et la morale du faible, qui dénigre et criminalise la force et glorifie l’égalité.

En revanche, Nietzsche part souvent d’une blessure similaire, mais en tire des conclusions opposées : accepter la dureté de la réalité et les difficultés personnelles ne justifie en rien l’apitoiement sur soi et la faiblesse, mais stimule au contraire le surhomme à se perfectionner et à développer sa volonté de puissance.

Les forts ne cherchent pas à aplanir ou à renverser ceux qui leur sont supérieurs, mais acceptent la loi naturelle et gravissent sa hiérarchie. Leur but n’est pas de détruire les maîtres, mais de devenir eux-mêmes maîtres, de créer de nouvelles valeurs en opposition à la morale servile sous toutes ses formes. Qu’ils soient chrétiens, marxistes ou libéraux, ils s’opposent au culte de la vie facile, de la paix éternelle et de l’hédonisme.

La rédemption ne réside pas dans le rejet de la vie elle-même, accusée d’injustice et d’oppression, mais dans la compréhension et l’acceptation mûrie du caractère indéracinable et systémique de l’oppression et de la hiérarchie. Une personne peut changer d’avis, de parti et d’allégeance au fil du temps, influencée par ses expériences personnelles, mais son bagage psychologique – c’est-à-dire sa structure interne – demeure inchangé ; les motivations qui la poussent à adopter certaines croyances restent les mêmes. Ce qui change, c’est la forme idéologique, non la structure psychologique dont elle émane.

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