Le Wall Street Journal, propriété de l’Australien nonagénaire Rupert Murdoch, accorde, en cette période délicate, une place à un article inquiétant sur la balkanisation : « Un Iran fracturé ne serait peut-être pas si mal » (sic), sous-titré « Ses frontières sont artificielles et sa séparation contrarierait les intérêts de la Russie, de la Chine et d’autres », par Melik Kaylan, « critique d’art et de culture », qui s’aventure imprudemment dans les méandres résolument « non artistiques » de la géopolitique.
Le Géorgien-Britannique Melik Kaylan joue de façon obscène le rôle pathétique de porte-parole de Netanyahou dans un article de propagande orné et édulcoré du drapeau de la monarchie Pahlavi.
Le Wall Street Journal passe sous silence le fait que Melik Kaylan a été formé à l’université de Cambridge, tristement célèbre pour être un centre de recrutement d’espions.
Il est frappant qu’un journal économique aussi important que le Wall Street Journal puisse promouvoir la balkanisation de l’Iran. Kaylan affirme avec humour que « personne n’évoque l’issue probable et marquante du soulèvement : la fragmentation géographique du pays », pas même le fils du dernier shah « ni dans les cercles du pouvoir occidental ».
En fait, j’ai posé la question suivante sur Geopolitical Radar la veille de celle de Melik Kaylan : « Trump et Netanyahou cherchent-ils à balkaniser l’Iran ? La Russie et la Chine le permettront-elles ? » Par ailleurs, le fils du Shah a déjà annoncé la reconnaissance officielle de l’État génocidaire qu’est aujourd’hui Israël.
Kaylan « soutient » que « personne » — apparemment à l’exception de moi — ne parle de la balkanisation de l’Iran. « C’est parce que le seul argument à peu près convaincant dont disposent encore les mollahs pour se maintenir au pouvoir est le spectre de la sécession des régions ethniques », affirme-t-il.
Tout analyste du Moyen-Orient est conscient de la grande vulnérabilité géographique de l’Iran, compte tenu de ses sept frontières terrestres instables : l’Irak à l’ouest, quatre au nord-ouest (la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arménie et le Turkménistan), l’Afghanistan à l’est et le Pakistan au sud-est, sans oublier la mer Caspienne, qu’il partage avec la Russie ! et le Kazakhstan, ainsi que le golfe Persique, théâtre de violents affrontements, qui abrite six pétro-monarchies arabes : le Koweït, Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite et Oman.
Sur les 93 millions d’habitants répartis sur 1,6 million de kilomètres carrés, la mosaïque ethnique du pays se répartit, selon les sources, comme suit : les Persans, groupe politiquement et culturellement dominant (61 %), suivis des Azéris (Azerbaïdjanais du Sud, 16 %), des Kurdes (10 %), des Lurs (6 %), des Arabes (2 %), des Baloutches (2 %) et des Turkmènes (2 %). Afin de discréditer délibérément les Persans, le propagandiste Melik Kaylan exagère le pourcentage d’Azerbaïdjanais à 25 % et celui des Kurdes à 15 %.
Kaylan manipule les conséquences d’une sécession kurde, qui affecterait la Turquie, et d’une sécession azerbaïdjanaise, qui profiterait à l’Azerbaïdjan, tout en passant sous silence la plus dangereuse de toutes : la sécession baloutche, qui nuirait au Pakistan, seul pays musulman possédant 170 armes nucléaires.
Les critiques de Melik Kaylan et du Wall Street Journal visent clairement la Russie et la Chine : « Les Russes ne souhaitent ni changement de régime ni fragmentation de l’Iran. Ces deux pays constituent une zone tampon géographique sur les routes commerciales et les oléoducs reliant l’Asie centrale à l’Occident. »
Concernant la Chine : « Face à la perte simultanée d’investissements et d’approvisionnements pétroliers en provenance du Venezuela et d’Iran, une réaction ferme de la Chine est à prévoir. Des informations non vérifiées font déjà état d’une possible intervention de la technologie chinoise dans la perturbation des communications de Starlink avec les rebelles. »
Melik Kaylan affirme que « dans l’état actuel des choses, le risque de guerre civile suite à un changement de régime est bien réel, sans parler des ingérences extérieures ». Partant de ce postulat artificiel, il conclut à la balkanisation de l’Iran : « Pour le bien de la paix régionale et mondiale, la meilleure solution serait peut-être de faciliter la sécession et ainsi d’éliminer complètement un Iran affaibli de la scène géopolitique. » Il apparaît d’autant plus évident que la déstabilisation de l’Iran vise la Russie et la Chine. Un jeu extrêmement risqué, assurément !






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