L’affaire Jeffrey Epstein, ce « maître manipulateur », est un scandale aux proportions immenses qui suscite l’anxiété et l’inquiétude aux États-Unis depuis 2019. Alors que le reste du monde occidental, y compris notre opinion publique déconcertée (sans vouloir dénigrer notre presse nationale, bien sûr !), n’a commencé à en parler sérieusement que récemment, voici le dernier rebondissement choquant. À partir d’aujourd’hui, lundi 9 février 2026, tous les membres du Congrès américain pourront consulter la version non censurée des dossiers publiés la semaine dernière par le ministère de la Justice. Pour rappel, le Congrès américain correspond à notre Parlement et est composé de 541 membres élus, répartis entre la Chambre des représentants et le Sénat, et représentant les 50 États de l’Union.
La consultation des documents ne sera possible qu’en personne, dans les locaux du ministère de la Justice, selon la lettre que cette institution a adressée à chaque membre du Congrès. Seuls les membres du Congrès (sans leurs collaborateurs ni assistants) pourront consulter l’ensemble des documents directement sur les ordinateurs mis à leur disposition, et non sur support papier. Ils seront autorisés à prendre des notes (« avec du papier, un stylo et de l’encre », précise le texte), mais l’utilisation d’appareils électroniques ou de tout autre gadget technologique sera strictement interdite. Toutes les modalités de consultation doivent être convenues à l’avance, avec un préavis d’au moins 24 heures. Enfin, l’examen ne portera que sur les 3 millions de dossiers actuellement accessibles au public et n’inclura pas l’intégralité de la vaste collection de plus de 6 millions de documents qui auraient été archivés.
Il convient de préciser que deux membres du Congrès, alliés sur ce point mais opposés sur le plan politique, portent la plus grande responsabilité dans cette affaire, puisqu’ils ont corédigé la loi qui a contraint le ministère de la Justice à déclassifier cette quantité considérable de documents. Ce sont précisément eux, ce même vendredi, à savoir le républicain Thomas Massie (Kentucky) et le démocrate Ro Khanna (Californie), qui ont immédiatement écrit à Blanche pour demander l’accès intégral aux dossiers, expurgés à plusieurs endroits. Les démocrates de la commission judiciaire se sont rapidement joints à eux.
Toutefois, cette opportunité offerte à tous les membres du Congrès sera soumise à un ordre de priorité précis : d’abord les dirigeants officiels, ainsi que les membres des commissions judiciaires de la Chambre et du Sénat ; puis tous les autres. Les premiers se sont déjà empressés de s’inscrire : ils veulent être prêts à interroger la procureure générale, la déterminée Pam Bondi, ce mercredi, lors de son audition au Sénat.
Et c’est avec ces mots incisifs que Ro Khanna a salué les progrès significatifs en matière de transparence dans un tweet sur « X » : « Quand le Congrès résiste, le Congrès peut triompher. Thomas Massie et moi-même avons toujours pensé que le Congrès ne devait pas se laisser faire. Surtout pas dans l’affaire Epstein. »
La satisfaction apparente des deux hommes politiques était cependant loin d’être totale. Dans la même lettre, Khanna et Massie affirmaient que leur loi, promulguée en novembre, restait entachée d’irrégularités dans la publication des « communications internes du ministère de la Justice, notamment des courriels, des notes de service et des comptes rendus de réunions, concernant les décisions d’inculper, de ne pas inculper, d’enquêter ou de ne pas enquêter sur Epstein ou ses associés » (leurs termes exacts).
Et encore : « Nous avons constaté une approche systématique de la censure dans certains passages, tandis que dans d’autres, les noms des victimes n’ont pas été caviardés du tout. »
Il convient toutefois de rappeler que le ministère de la Justice s’est engagé, conformément aux souhaits de toutes les victimes et survivants des crimes d’Epstein, à protéger leur identité. Lors de la conférence de la semaine dernière, Blanche a d’ailleurs insisté sur ce point, déclarant que « des documents couverts par divers privilèges, notamment le privilège relatif aux délibérations internes, la doctrine du produit du travail et le secret professionnel de l’avocat, ont également été omis ou expurgés : au total, environ 200 000 pages ont été expurgées ou expurgées en vertu de divers privilèges » (ses termes exacts). Mais les critiques persistent.
Enfin, il ne faut pas oublier que si le Congrès a adopté ultérieurement la loi dite « Epstein Files Transparency Act » (littéralement « loi sur la transparence de l’affaire Epstein ») en réaction à une note du FBI et du ministère de la Justice datant de juillet précédent, qui déclarait : « …qu’ils avaient mené un examen approfondi de l’affaire, qu’aucune autre personne ne serait inculpée et qu’ils ne divulgueraient aucune information supplémentaire sur l’affaire », c’est le président Donald Trump qui l’a mise en application en la signant le 19 novembre suivant.
Il a agi ainsi en donnant au procureur général 30 jours pour « rendre publics, sous une forme consultable et téléchargeable, tous les dossiers, documents, communications et éléments d’enquête non classifiés détenus par le ministère de la Justice » concernant Epstein, « y compris toutes les enquêtes, procédures pénales et affaires de détention provisoire » (ses termes exacts).
Chacun se forge sa propre opinion sur cette décision.






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