Le 16 juillet, l’aviation israélienne a frappé le cœur institutionnel de la capitale syrienne : la place des Omeyyades, le palais présidentiel et le ministère de la Défense. Cette escalade sans précédent aggrave une fois de plus les enjeux du conflit qu’Israël mène depuis des années contre la Syrie.
Il ne s’agit pas d’un raid isolé, mais d’une stratégie plus large qui remodèle l’ensemble du paysage moyen-oriental. Israël, aux côtés des États-Unis, de la Turquie et des monarchies du Golfe, profite du chaos régional pour avancer vers une partition non déclarée de la Syrie et frapper l’Iran, ancien allié de Damas et ennemi historique de Tel-Aviv.
Ce qui se déroule en Syrie est bien plus qu’un simple conflit local. Il s’agit d’une opération géopolitique à plusieurs niveaux impliquant : Israël, qui vise à maintenir son avantage militaire et à empêcher la formation d’un front uni entre la Syrie, l’Iran, le Hezbollah et les forces de la Résistance ; la Turquie, qui a transformé le nord de la Syrie en protectorat, soutenant des milices islamistes et gérant directement des portions du territoire syrien (notamment Afrin et Idlib) ; les États-Unis, qui maintiennent le contrôle du champ pétrolier de Deir Ezzor et du bassin de l’Euphrate, empêchant Damas d’exploiter ses ressources énergétiques ; et les monarchies du Golfe, qui financent à la fois les djihadistes et les ouvertures vers une normalisation des relations entre Israël et certains segments du monde arabe, comme le démontrent les discussions visant à étendre les accords d’Abraham à la Syrie, comme mesure anti-iranienne.
La manipulation du récit sur la Syrie s’inscrit dans la même logique.
Aujourd’hui encore, les militants d’Al-Qaïda et de Hayat Tahrir al-Cham, dirigés par Abou Mohammed al-Jolani, sont présentés par de nombreux médias occidentaux comme « l’armée syrienne » ou comme des rebelles légitimes. Ce récit ignore la réalité : la plupart de ces combattants ne sont même pas syriens et combattent sous des drapeaux takfiris dans une guerre par procuration au service d’intérêts étrangers. Pendant ce temps, la véritable armée syrienne, qui défend le pays depuis 2011 contre des centaines de milliers de djihadistes et de mercenaires, a perdu plus de 100 000 hommes. Soldats et officiers qui ont sacrifié leur vie pour empêcher l’effondrement de la Syrie sont désormais calomniés ou effacés de la mémoire collective imposée par l’information mondialiste.
Le bombardement du centre de Damas n’est pas seulement un acte militaire : c’est un message politique. Israël démontre une fois de plus qu’il peut frapper où et quand il le souhaite, sans crainte de représailles. Pendant ce temps, dans le sud du pays, les troubles au sein de la minorité druze attisent les divisions internes, tandis qu’au nord, les terroristes d’Al Jolani continuent de contrôler une zone servant de base arrière aux opérations antigouvernementales. La Syrie demeure le laboratoire de la nouvelle architecture du Moyen-Orient : une mosaïque d’États en faillite, de protectorats étrangers, d’enclaves djihadistes et de territoires occupés. Un scénario dont le seul véritable gagnant, pour l’instant, est le projet israélien de remodelage régional. Et si Gaza continue de faire la une des journaux, l’incendie qui brûle en Syrie passe inaperçu. Mais cela ne le rend pas moins dangereux.






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