« Une vague de violence sans précédent, indigne des Pays-Bas » : tels sont les mots de Jan van Zanen, maire de La Haye, commentant les événements du samedi 20 septembre. Dans la capitale néerlandaise, environ 1 500 personnes se sont rassemblées sur le Malieveld pour une manifestation contre la politique d’asile actuelle, à l’appel d’Els Noort, une jeune influenceuse d’extrême droite de 26 ans, connue sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme « Els Rechts ». Ce qui devait être une manifestation pacifique a tourné à la guérilla urbaine, un peu plus d’un mois avant les élections anticipées du 29 octobre.

Selon les chiffres officiels, la manifestation a rassemblé environ 1 200 manifestants, selon la police, et 1 500 selon d’autres sources. L’atmosphère était tendue dès le début : beaucoup portaient du noir et agitaient des drapeaux nationaux et des banderoles associées à des groupes d’extrême droite. La situation a rapidement dégénéré : bouteilles, pierres et feux d’artifice ont été lancés sur les policiers, qui ont riposté avec des gaz lacrymogènes et des canons à eau.

Une voiture de police a été incendiée, tandis que certains groupes bloquaient l’autoroute A12 et que d’autres marchaient vers le centre-ville. Les affrontements ont fait au moins onze blessés, dont quatre policiers et sept journalistes. Plus de trente personnes ont été arrêtées. Le syndicat de police ACP a lui-même rapporté que les policiers étaient à deux doigts d’être contraints de dégainer leurs armes à feu, se sentant gravement menacés. Son porte-parole, Patrick Fluyt, a appelé à l’adoption de munitions « marquantes », des balles colorées qui restent un croisement entre les matraques et les balles mortelles.

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L’attaque contre le siège du parti progressiste D66, considéré par de nombreux manifestants comme un symbole de l’élite pro-immigration, a été particulièrement grave.

Les vitres des bureaux ont été brisées et, selon son chef, Rob Jetten, les dégâts internes ont été « considérables ». « Si vous pensez pouvoir nous intimider, vous vous trompez lourdement. Nous ne laisserons jamais les extrémistes nous prendre notre pays », a déclaré Jetten. Les condamnations ont été exprimées par tout le spectre politique : le Premier ministre par intérim, Dick Schoof, a qualifié les images de « choquantes et bizarres », et la violence de « totalement inacceptable ».

Même Geert Wilders, chef du Parti pour la Liberté (PVV) et favori des élections, a pris ses distances, qualifiant les responsables des affrontements « d’idiots » et réaffirmant que le combat pour une « Hollande libérée de l’immigration de masse » devait rester politique et ne pas dégénérer en violence. Au centre de l’attention médiatique se trouve Els Noort, désormais connue de tous sous son nom complet après s’être longtemps cachée sous le pseudonyme « Els Rechts ».

Âgée de vingt-six ans, cette partisane autoproclamée de Wilders, souvent photographiée à ses côtés, a déclaré : « Dieu merci, je suis de droite » et souhaite défendre « les valeurs, la sécurité et les traditions néerlandaises ». Après les affrontements, elle a tenté de prendre ses distances : « Si j’avais su que ça finirait comme ça, je n’aurais jamais organisé la manifestation. »

La crise politique néerlandaise constitue la toile de fond de cet événement.

En juin dernier, le gouvernement, qui n’avait duré que onze mois, s’est effondré précisément sur la question de l’immigration. Wilders, entré pour la première fois dans la majorité avec son parti PVV, a retiré ses ministres après l’échec d’un ensemble de dix mesures radicales : gel des demandes d’asile, arrêt de la construction de centres d’accueil, restrictions au regroupement familial et accélération des expulsions, notamment de Syriens. Le Premier ministre Schoof a donc convoqué des élections anticipées pour le 29 octobre. Tous les sondages donnent Wilders clairement en tête, mais sa capacité à former un gouvernement stable demeure incertaine. Parallèlement, les manifestations de rue signalent que la question de l’immigration n’est plus un sujet de débat parlementaire : elle est devenue le détonateur de tensions sociales qui explosent dans les rues. La Haye n’est pas un cas isolé.

De la France à la Belgique, de l’Allemagne à l’Italie, le mécontentement envers les politiques d’immigration se traduit de plus en plus par des manifestations radicales, la montée des mouvements de jeunesse et un fossé évident entre les gouvernements et les citoyens. Qu’on les qualifie « d’ idiots », de « racailles » ou « d’extrémistes », il n’en demeure pas moins qu’une partie de l’Europe n’accepte plus la transformation de ses pays en dortoirs mondiaux.

Le paradoxe est que les élites continuent de prêcher « jamais la violence, toujours des manifestations pacifiques », mais ignorent en même temps le problème qui enflamme les rues.

Ils se cachent derrière des formules institutionnelles, invoquent le caractère sacré des règles et l’intangibilité du droit d’asile, mais laissent entre-temps les villes se transformer en poudrières. Aux Pays-Bas, comme ailleurs, le message de la rue est clair : l’immigration n’est pas un chapitre budgétaire à débattre au Parlement, ni un paragraphe à modifier dans les traités européens. C’est un séisme social qui remet en cause l’identité, la sécurité et la cohésion nationale.

Ce n’est pas l’économie qui mobilise les foules, ce ne sont pas les réformes fiscales qui amènent des milliers de jeunes dans les rues : c’est la perception d’une nation qui n’appartient plus à ceux qui l’habitent. L’immigration devient ainsi une fracture existentielle, non plus retardable ni négociable. C’est la ligne rouge qui sépare les gouvernements et les peuples, les élites et les communautés, l’Europe officielle et l’Europe réelle. Une fracture qui préfigure des scénarios de guerre civile rampante, dans laquelle l’ordre imposé par les institutions se heurte à l’énergie bouillonnante de places qui ne veulent plus être anesthésiées. La Haye n’était qu’un avertissement : le cœur de l’Europe bat déjà au rythme d’un conflit que les classes dirigeantes ne veulent pas voir, mais qui grandit chaque jour sous leurs yeux.

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