Les temps sont décisifs au Moyen-Orient. Le Hamas a accepté la nouvelle proposition de trêve élaborée par l’Egypte et le Qatar : soixante jours de cessez-le-feu, la libération d’environ la moitié des otages encore en vie et la remise des corps des morts, en échange de la libération de 150 prisonniers palestiniens des prisons israéliennes. Une solution partielle, déjà jugée inacceptable par Tel-Aviv, parce que Netanyahou insiste sur une condition irréaliste : la libération immédiate des cinquante otages. Derrière cette rigidité se cache cependant un calcul politique : ne pas sauver des vies, mais consolider le projet de réoccupation totale de la Bande.
Les otages restent le centre symbolique de la guerre. Le Hamas ne peut pas les libérer tous en même temps sans se condamner à la reddition, Israël les utilise comme justification pour poursuivre ses opérations militaires. Dimanche, un million d’Israéliens sont descendus dans la rue pour demander un cessez-le-feu : un signal de rupture interne, mais qui ne brise pas le soutien majoritaire à l’IDF. Pour Netanyahou, le sort des prisonniers est sacrifiable : le véritable objectif est de raser la ville de Gaza et de rendre irréversible la nouvelle colonisation de l’enclave. L’offensive est déjà lancée. 130.000 réservistes rappelés par vagues entre septembre et le printemps 2026, fonds extraordinaires au budget de la défense et troupes déjà entrées dans la banlieue de Gaza City.
Le ministre Katz a été clair :
« Si le Hamas ne livre pas tous les otages et ne dépose pas les armes, Gaza deviendra comme Rafah et Beit Hanoun. » Cette menace incarne la stratégie d’Israël : raser les centres urbains, les rendre inhabitables et les remplacer par un contrôle militaire permanent.
Parallèlement, le gouvernement a approuvé le plan d’implantation « E1 » : la construction de nouvelles colonies dans le corridor entre Jérusalem et Ma’ale Adumim. Un projet défini comme « historique » par Smotrich, qui divise en deux la Cisjordanie et rend impossible toute perspective d’État palestinien unitaire. L’Italie, ainsi que vingt autres pays, ont condamné la décision comme contraire au droit international. Mais Israël ne recule pas : alors qu’il annonce sa volonté de négocier sur les otages, il avance sur le terrain pour blinder l’occupation.
Dans le même temps, Netanyahu est de plus en plus isolé. La France et l’Australie ont annoncé qu’elles reconnaîtraient officiellement la Palestine en septembre. Les réactions israéliennes ont été incendiaires : Macron accusé d’alimenter l’antisémitisme, Albanais insulté comme « traître des juifs australiens ». Mais les failles se multiplient : l’Europe, même divisée, bouge ; les USA restent tièdes ; les pays arabes continuent à faire la médiation. La pression internationale devient lourde, et pourtant Tel-Aviv relance avec le seul langage qu’il connaît : la force brute.
Que la guerre à Gaza ne soit plus seulement un conflit local est désormais évidente : c’est le test de la redéfinition des équilibres du Moyen-Orient.
Israël vise à blinder son hégémonie territoriale, en s’isolant d’un Occident qui, lentement mais sûrement, condamne l’action sioniste sans faire quoi que ce soit pour l’arrêter. Quant au monde arabe sunnite, inutile de l’évoquer comme facteur d’unité : la cause palestinienne n’est plus du béton, mais monnaie d’échange sacrifiée sur les autels des accords avec Tel-Aviv. Depuis plus de deux ans, les « dernières heures de Gaza » traînent dans l’illusion que le problème est le Hamas et ses hommes. La réalité est plus crue : la Bande ne verra ni paix ni trêve, mais seulement la poursuite d’une guerre d’usure qui se transforme jour après jour en occupation permanente.






Laisser un commentaire