Le nom d’Ahmad Muwaffaq Zaidan, connu depuis des années comme la signature autoritaire d’Al Jazeera dans les théâtres de guerre islamiques, revient aujourd’hui au centre du débat international avec une annonce qui a le goût du canular. Selon des sources liées à l’opposition syrienne, Zaidan aurait été nommé conseiller spécial par Abu Mohammad al-Jolani, actuel dirigeant de Hayat Tahrir al-Sham (HTS) et visage officiel du nouveau régime djihadiste syrien.
Un choix loin d’être symbolique : Zaidan n’est pas seulement un journaliste avec de profondes racines dans le monde islamiste, mais un homme qui au fil des ans a su construire des relations directes avec les dirigeants d’Al-Qaïda, à commencer par Oussama ben Laden lui-même, avec lequel il aurait partagé non seulement des interviews, des orientations idéologiques et opérationnelles.
Né à Damas en 1955, Ahmad Zaidan s’est formé entre la Syrie et le Pakistan, où il a commencé à suivre de près les mouvements moudjahidin lors de l’invasion soviétique de l’Afghanistan.
Devenu un visage connu d’Al Jazeera, il a su conquérir l’accès exclusif à des figures clés du djihad mondial. Mais ce privilège a un prix : selon des documents divulgués par Edward Snowden, Zaidan aurait été identifié par la NSA comme un « membre à part entière d’Al-Qaïda », et non pas un simple sympathisant ou chroniqueur embarqué. Les accusations ont toujours été rejetées par l’intéressé, mais il n’en reste pas moins que sa voix a souvent servi de véhicule aux revendications d’Al-Qaïda, dans un parfait équilibre entre information et propagande.
Sa nomination par al-Jolani – ancien EI, ancien commandant du Front al-Nosra (en 2011, sur ordre du commandant de l’État islamique Abū Bakr al-Baghdādī, al-Jolani a été envoyé en Syrie dans le but de combattre Assad) marque une étape cruciale.
HTS, bien que formellement détaché d’Al-Qaïda, maintient des méthodes et une idéologie fortement islamiste.
Le groupe contrôle aujourd’hui de larges portions du nord-ouest de la Syrie, tandis que son gouvernement est reçu en Europe, à Moscou et à Bakou. Dans ce contexte, l’apport d’un homme comme Zaidan apparaît stratégique : un communicateur habile, avec des liens dans les médias panarabes et occidentaux, et un passé qui le rend crédible auprès des franges les plus radicales du djihadisme sunnite. Pendant ce temps, l’Occident se tait.
Au contraire, certains observateurs notent que, ces derniers mois, le visage « réformé » d’al-Jolani a attiré de plus en plus l’attention des acteurs internationaux, intéressés à contenir l’influence iranienne dans la région, même au prix de légitimer d’anciens membres d’Al-Qaïda.
L’accession d’Ahmad Muwaffaq Zaidan au poste de conseiller spécial du nouveau régime djihadiste en Syrie est beaucoup plus qu’une note de couleur : c’est le symbole d’une époque où le djihadisme, qui depuis 2001 a été élevé à l’ennemi public numéro un de l’opinion publique mondiale, change de visage (mais pas de substance). Et il le fait précisément grâce aux événements – guerres, occupations, déstabilisations – déclenchés par le 11 septembre.






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