Des accords de principe aux enjeux économiques : entre la signature à Washington de « la paix » entre la République démocratique du Congo et le Rwanda le 27 juin et le tout récent accord d’intention entre Kinshasa et les guérilleros M23 signé à Doha le 19 juillet, Un autre accord a été signé dans la capitale congolaise, peut-être le plus important de tous : celui entre le gouvernement central et le géant minier américain Kobold. C’est d’ailleurs ce qu’avait annoncé Donald Trump le mois dernier, alors que Washington se préparait à la « paix » entre la RDC et le Rwanda : « Nous sommes en train d’obtenir, pour les États-Unis, de nombreux droits miniers du Congo ».

Grâce à son conseiller pour l’Afrique, Massad Boulos, la pax trumpiana vise à renforcer l’intégration économique régionale entre les deux pays ennemis en garantissant un rôle clé aux entreprises américaines. Et certaines ont déjà progressé : le 17 juillet à Kinshasa, devant le président congolais Félix Tshisekedi, le ministre des Mines Kizito Pakabomba a signé un accord de principe avec le géant américain Kobold Metals, représenté par Benjamin Katabuka, PDG de Kobold RDC. Les délais sont immédiats : KoBold doit demander des permis d’exploration pour les zones désignées avant le 31 juillet 2025, tandis que le gouvernement congolais nommera un envoyé pour faciliter l’acquisition de Manono dans le même délai.

Kinshasa a décrit l’accord comme un « partenariat stratégique visant à ouvrir la voie aux investissements américains dans le secteur ».

Le « partenariat stratégique » est une définition trop simpliste. KoBold est un pionnier mondial dans le domaine de l’exploration minière. Née en 2018, son élément distinctif est l’utilisation de l’intelligence artificielle et des technologies avancées, spécialement développées par une équipe de scientifiques et d’universitaires, pour reconstituer le sous-sol avec une précision jamais atteinte jusqu’à présent.

Il y a un autre élément clé : KoBold ne s’intéresse pas à n’importe quel minerai, mais est soutenu par des investisseurs à long terme engagés dans la découverte et le développement de nouvelles ressources métalliques pour les batteries. En résumé : cuivre, cobalt, nickel, lithium. C’est pourquoi il y a des pièces gros derrière : l’un des principaux investisseurs est Breakthrough Energy Ventures, fondée en 2015 par Bill Gates et qui à son tour voit parmi les investisseurs des personnages tels que Jeff Bezos, Michael Bloomberg, Jack Ma d’Alibaba, Reid Hoffman co-fondateur de LinkedIn, Aditya Mittal, Xavier Niel d’Iliad, même le prince saoudien Alwaleed bin Talal.

Il est donc clair à quel point les enjeux sont importants. Ce n’est pas un hasard si l’accord signé à Kinshasa a pour pivot la mine de Roche Dure à Manono, province du Tanganyika, un des plus importants gisements au monde de lithium, essentiel pour les batteries qui alimentent les véhicules électriques et stockent l’énergie renouvelable. L’Agence internationale de l’énergie l’a identifié comme l’un des minéraux avec les plus grands écarts prévus entre l’offre et la demande à mesure que la transition énergétique s’accélère. C’est pourquoi KoBold s’est précipité, n’attendant même pas la signature définitive des accords de paix prévue pour le mois d’août.

Le gisement de lithium de Manono a été au centre d’une longue bataille juridique qui symbolise bien la compétition géopolitique pour les minéraux critiques.

Le premier permis d’exploration a été accordé à la société australienne AVZ Minerals. En 2023, cependant, le ministère des Mines de la RDC l’avait révoqué, invoquant comme motif les « progrès insuffisants », et les droits miniers étaient allés à une filiale de la société chinoise Zijin Mining. Cela avait engendré une controverse internationale qui a de fait gelé l’avancement des travaux et qui n’est pas encore totalement résolue.

AVZ a saisi la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) et le Centre international pour le règlement des différends en matière d’investissement (CIRDI). Et juste deux jours après la signature de l’accord avec KoBold, AVZ a déclaré que le nouvel accord viole les ordres provisoires du CIRDI, mais elle s’est également dite ouverte à un « dialogue constructif » pour parvenir à un accord.

L’accord conclu entre la RDC et KoBold ne se limite pas au lithium de Manono : il prévoit également le lancement d’un programme d’exploration minière à grande échelle dans tout le pays, en utilisant ce que le gouvernement décrit comme «la technologie la plus avancée du monde ». Pour identifier les gisements miniers critiques et donc potentiellement découvrir des ressources supplémentaires dont la transition énergétique mondiale a de plus en plus besoin.

En outre, dans le cadre de l’accord, KoBold s’est engagé à numériser les registres géologiques (qui se trouvent actuellement au Musée royal d’Afrique centrale en Belgique) et à fournir un accès public gratuit aux données géo-scientifiques historiques par l’intermédiaire du Service géologique national de la RD Congo (Sgnc). Ce dernier est peut-être – à l’heure actuelle – le seul engagement vraiment utile pour tout le pays. Aussi parce qu’en favorisant une plus grande transparence des données, l’accord pourrait contribuer à une gestion plus efficace des ressources et à la réduction de la corruption dans le secteur.

Fruit d’un travail déjà réalisé par l’administration Biden (dont le dernier voyage officiel a été – en décembre 2024 – précisément en Angola, pour sceller l’intérêt américain pour les ressources stratégiques africaines), le soi-disant « couloir de Lobito »est le grand projet ferroviaire de 1300 km financé par les États-Unis et l’UE visant à relier les bassins miniers de la ceinture de cuivre dans le sud de la Rd Congo (la « ceinture du cuivre » , où il existe aujourd’hui d’importants gisements de cobalt) à la Zambie et au port angolais de Lobito sur l’océan Atlantique, offrant une voie rapide et efficace pour les minerais extraits.

En octobre 2023, un protocole d’accord a été signé entre les États-Unis, la Commission européenne, l’Angola, la République démocratique du Congo et la Zambie pour la rénovation et la reconstruction de l’ancienne artère ferroviaire qui, une fois achevée, reliera la ville zambienne de Kalumbila (près de la frontière avec le Congo) à la côte angolaise, avec un coût estimé à 1 milliard de dollars.

C’est dans ce contexte que s’inscrit maintenant l’accord avec KoBold, en claire fonction anti chinois, pour reprendre le contrôle et peut-être le monopole des minerais stratégiques. L’éloignement du gisement de Manono présente des défis logistiques considérables et le développement des infrastructures nécessaires aux opérations minières et au transport du lithium nécessitera des investissements supplémentaires. La RD Congo reste un champ de bataille crucial dans la guerre commerciale et la concurrence entre les intérêts chinois et occidentaux pour le contrôle des minerais critiques, dont dépendra en grande partie le futur leadership technologique et industriel.

Non seulement KoBold : d’autres acteurs se sont mobilisés autour des accords de paix et du nouvel intérêt américain pour la République démocratique du Congo.

America First Global, cofondée par Gentry Beach, proche collaborateur de Donald Trump Jr., est en lice pour acquérir les droits sur le site minier de Rubaya, la plus grande mine de coltan du pays et l’une des plus grandes au monde, située près de Goma et toujours sous le contrôle du M23. Le site fournit à lui seul environ 15% du coltan mondial, essentiel pour la production de téléphones cellulaires et d’autres technologies exploitées artisanalement depuis des années et souvent illégalement. Il y a ensuite Orion Resource Partners et Virtus Minerals, un consortium dirigé par d’anciens membres des forces spéciales américaines qui cherche à acquérir Chemaf Resources, exploitant la mine de Mutoshi au Katanga, riche en cobalt et en cuivre.

Dans un pays sans infrastructures routières et énergétiques, de nouveaux investissements sont nécessaires pour mener à bien tous ces projets. C’est ainsi que le Groupe électrique Anzana (ex Virunga Power) a signé en juin un accord pour acquérir une participation de 10% dans un grand projet hydroélectrique transfrontalier (RDC, Rwanda, Burundi), d’une valeur estimée à 760 millions de dollars.

L’objectif déclaré est de fournir de l’électricité à 30 millions de personnes dans la région. Mais aussi aux futures entreprises extractives. Hydro-Link, société basée à New York, a signé un accord avec l’Angola pour transporter sur plus de mille kilomètres 1,2 gigawatts d’électricité, des centrales hydroélectriques angolaises à la région minière de Kolwezi, dans la ceinture de cuivre. Et comme personne n’investit si la sécurité n’est pas garantie, voici aussi Erik Prince, le fondateur de Blackwater et proche de Donald Trump, qui avait déjà signé en 2023 un accord avec le gouvernement congolais pour créer une « brigade fiscale » responsable de la garantie des revenus miniers, pétroliers et forestières. Ses hommes sur le terrain ont repris des forces.

Laisser un commentaire

Tendances

En savoir plus sur observateurdissident.fr

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture