Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale, a réagi de manière apocalyptique à la décision de la Belgique de reconnaître l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre. « Les pays européens qui cèdent aux manipulations du Hamas finiront par être directement confrontés au terrorisme », a-t-il déclaré, mettant en garde Bruxelles et l’Europe en général comme s’il ouvrait la porte à une menace inconnue. En réalité, sa menace est l’arme rhétorique habituelle : utiliser le terrorisme comme un épouvantail pour défendre l’indéfendable.

Il suffirait de feuilleter les chroniques des quinze dernières années pour comprendre que le terrorisme en Europe n’est pas un risque hypothétique : c’est une réalité vécue qui a laissé une trace de sang. Paris plongé dans le cauchemar avec Charlie Hebdo et le Bataclan, Bruxelles dévastée par les attentats de mars 2016, Nice déracinée sur la Promenade des Anglais, Berlin frappée au marché de Noël, Londres et Manchester ensanglantées, Barcelone terrorisée sur la Rambla. De 2015 à 2019, toute l’Europe a été secouée par une série d’attentats qui ont transformé des concerts, des marchés, des rues commerçantes et des églises en scénarios de guerre.

Des centaines de morts et des milliers de blessés ont marqué le quotidien européen bien avant que quelqu’un à Bruxelles ne pense reconnaître l’État palestinien. Au contraire, alors que la seule réponse des classes dirigeantes européennes étaient les crayons de couleur et Imagine, en Syrie des hommes et des femmes de l’armée arabe syrienne tombaient (sous embargo occidental) pour défendre les arabes, les chrétiens et les orthodoxes contre l’avancée des terroristes

Derrière les propos de Ben-Gvir se cache la véritable fonction politique de la rhétorique sur le terrorisme.

Depuis 2001, avec le 11 septembre comme acte fondateur, la « lutte contre le terrorisme » est devenue le moyen de justifier toutes les guerres d’agression : de l’Irak à l’Afghanistan, jusqu’en Syrie. C’est la clé qui a permis de soutenir les milices djihadistes combattant Assad, présentées comme des « rebelles modérés »pour finalement les voir transformées en Al-Qaïda et Daech, et recyclées comme interlocuteurs politiques par l’Occident, Tel-Aviv et Moscou. C’est le cadre utilisé pour qualifier chaque acte de résistance palestinienne de « terrorisme » et chaque bombardement israélien de « défense ».

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Loin d’un choc des civilisations : ces dernières années, nous avons assisté à la convergence d’intérêts prétendument opposés – les États-Unis, Israël, la Turquie, les monarchies du Golfe et même la Russie – tous prêts à utiliser ou à tolérer le djihadisme comme une arme. La Syrie divisée entre les puissances, le plateau du Golan arraché à Damas, le retour des talibans à Kaboul avec la bénédiction de Moscou : tout démontre que le terrorisme a été un outil aux mains de puissances mondiales qui ne résident certainement pas à Gaza, Rafah ou Ramallah.

C’est pourquoi la reconnaissance de la Palestine par la Belgique, après l’annonce de la France, représente une rupture qui dépasse le cadre symbolique.

Ce n’est pas seulement une question de diplomatie : c’est un coup porté au cadre rhétorique qui prévaut depuis vingt ans. Dire « la Palestine comme État » revient à rompre avec le cadre binaire imposé par Israël : d’un côté, le « monde libre » qui lutte contre le terrorisme ; de l’autre, les barbares à réprimer. C’est affirmer que tout ne se réduit pas au Hamas, que l’occupation n’est pas une « défense », que la violence exercée par ceux qui se proclament victimes éternelles est doublement hypocrite. Mais la terreur nous la connaissons déjà, nous l’avons vécue dans nos villes, et non pas parce que Bruxelles ou Paris ont osé défier Tel-Aviv, mais parce que l’Occident – avec Israël – a joué avec le feu du djihadisme pour redessiner le Moyen-Orient.

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